REPONSE
Cher monsieur le juge.
Vous me faites trop d'honneur, et peutêtre devrais-ja le refuser. Mais le puis-je vraiment ?
Dans votre dédicace si gracieuse vous associez mon nom à celui de la grande souveraine qu'il a été donné à mon mari de représenter pendant plus de cinq ans dans ce beau Canada, et spécialement pendant l'heureuse année de son jubilé de diamant ! Et vous nous faites V amitié de rappeler à la génération présente, comme aux générations futures, ce lien dont nous et notre famille avons raison d'être si fiers, et qui nous unit à Sa Majesté.
La Reine, il n'y en a qu'une pour nous ! Et ce titre ne désignera qu'Elle pour nous, à jamais ! Elle dont le règne a vu changer la vie de ce siècle et la face de ce monde ! Elle, qui Reine et Impératrice de près d'un quart du globe a compris que le sceptre de l'amour est encore plus fort que celui de la puissance matérielle !
C'est là son vrai triomphe du jubilé d'avoir vu tous les cœurs de son vaste empire proclamer leur assujettissement à son joug formé d'affection et de dévouement. Et si l'on cherchait dans toute l'étendue de ses immenses domaines les cœurs qui lui sont les plus dévoués, on n'en trouverait nulle part de plus loyaux et de plus fidèles qu'en Canada.
Bientôt nous retournerons rendre compte de notre mission à Sa Majesté, et nous nous ferons un devoir de lui dire combien
ce 'pays est beau, et avec quelle sécurité elle 'peut compter sur la loyauté et le sincère attachement des Canadiens, et nommément des Canadiens-Français.
Il nous fait bien plaisir que ce soit vous, mon cher juge, orateur et poète, qui preniez le soin de rappeler le lien qui s'est formé entre la Reine, le Canada et nous, et d'en perpétuer le souvenir dans un livre qui ne périra pas.
Veuillez bien agréer l'expression de mes meilleurs vœux et de mon amitié très sincère.
ISHBEL ABEKDEEN.
Ottawa, septembre 1898.
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