LIVRE III
pelle ces héros fabuleux que la Grèce immortalisa. C'est le bel et tendre Hyacinthe , ami du dieu de la lumière ; c'est le séduisant Ganimède , que le ciel envie à la terre ; c'est l'orphelin de l'Arabie , l'adolescent de Cythérée ( i ) .
Se rappelant le portrait fait par Gondair du frère d'armes d'Agobar , Ézilda reconnaît Alaor y et recommande à sa loyauté les saintes femmes d'Amalberge.
Quelle désolation parmi elles ! Ezilda ne les suivra point.... Sans leur communiquer ses secrets , la princesse leur fait entendre qu'un vaste dessein occupe ses esprits ; et que pour le salut de la patrie , pour servir la cause sacrée y elle est retenue en ces lieux. Zarèle ne peut s'arracher de ses bras ; les sœurs hospitalières versent d'abondantes larmes. Leurs touchans adieux , leurs regrets ont déchiré le cœur d'Ézilda.
(1) Adonis.
Elle est demeurée seule avec Gondair. Sa pensée confuse encore n'est arrêtée à aucun plan déterminé ; mais poussée par quelque force supérieure, obéissant à quelque volonté mystérieuse , elle se laisse diriger par le prophète de la montagne. Son arae troublée , inquiète, est dans une attente inexplicable de triomphes et d'infortunes, d'enchantemens et de souffrances. Devant elle est une carrière de périls, à ses pieds un immense abîme : reculerat-elle épouvantée ?... Non. Le Dieu des chrétiens lui parle ; et la foi , qui sur le gouffre de la mort jette l'arche de l'espérance, l'isthme de l'immortalité , la foi fille de l'Eternel , recouvrant à ses yeux chaque écueil de son manteau religieux , lui ti^ace une céleste voie , le long des précipices même. O piété sainte ! guide sauveur des pèlerins du val terrestre , lorsque tu daignes éclairer l'homme, rayon pur et consolateur, communication des deux mondes, tu viens dans toute sa longueur dorer la chaîne de ses jours.