SCÈNE PREMIÈRE
L'OFFICIER
Encor, encor vaincus! La déroute est complète. Voilà depuis dix jours la cinquième défaite! Villages et maisons, et fermes et hameaux. Tout indique partout des massacres nouveaux. Tout est brûlé, détruit, désert et dans la plaine
8 LE RENECAT
Les corbeaux et les chiens font leur moisson humaine. Le pays en entier est plongé dans le deuil. Chaque ravin n'est plus qu'un immense cercueil; Partout est l'ennemi, la trahison horrible, Avec lui, pas à pas marche incompréhensible! Nous sommes il est vrai, chaque jour les vaincus, Mais nous sommes aussi par les nôtres vendus. Que ce soit dans les bois, que ce soit dans la neige. On craint à chaque pas de rencontrer un piège. L'argent de l'Allemand se fond en ruisseau d'or; Et nos vendeurs leur crient : Encor! Jetez encor... Ce matin, nous étions sept cents contre trois mille... Et presque tous sont morts par bravoure inutile. Trois mille ! et nous devions n'en trouver que neuf cents! Ils sont morts en héros et comme des géants. J'ai sauvé le drapeau, mais l'ennemi s'avance. Et veut avec ma mort l'étendard de la France... Non, vous ne l'aurez pas esclaves, allemands, Devrais-je pour cela le broyer sous mes dents.
A cet instant on entend marcher dans la rue, 1 officier remonte à la fenêtre et redescend vivement après avoir regardé un instant.
Les voici! Jour de Dieu! Je suis blessé... que faire?
Ce coup de sabre au front redouble ma colère.
Mon corps est tout criblé ; la haine me soutient...
Je ne me trompe pas... j'entends quelqu'un qui vient...
Ce sont eux... et je suis seul ici sans défense...
Allons plus qu'un effort... arrête-toi, souffrance.
Laisse-le moi sauver!.. Hélas! où le cacher?..
Sur moi... non ! les maudits viendraient me l'arracher.
Et je verrais mourant, cette étoffe chérie,
Image du devoir, de ma belle patrie,
Devenir un trophée aux mains de ces Teutons,
Arrachons-le d'abord de sa hampe, et cherchons
LE RKNEGAT 9
Un réduit bien caché.
Il arrache 1 étoile de la hampe, et se sert de la hampe pour marcher.
Cherchons! allons, courage!
Un drapeau ne doit pas tomber en esclavage. Douleur apaise-toi, car je dois accomplir. Mon devoir de soldat, avant que de mourir.
Il sort par la porte deuxième plan droite. Le renégat paraît à la porte du fond habillé en abbé... Avant d'entrer il inspecte partout du regard.