LE POÈTE
Tout état fortuné que la gloire environne Offire à ses défenseurs une triple couronne : Au magistrat intègre, organe de ses lois ; Au guerrier valeureux, protecteur de ses droits; Au poète inspiré pour chanter sur sa lyre, Ses prospères succès, le bonheur qu'il respire t
Ainsi Rome jadis aux jours de sa grandeur.
Honorant la vertu, le talent, la valeur.
Fait ce que le mérite a d'aimable et d'utile, Entre Antoine et César met Horace et Virgile ; Et leurs noms confondus par la célébrité, Fassent du Capitole à la postérité.
La Grèce en &it autant : l'un tonne à la tribune ; L'autre au champ de bataille, enchaîne la fortune; L'un, dans l'arène, obtient des triomphes nouveaux ; L'autre, dans le Lycée, a vaincu ses rivaux;
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Par des sentiers divers, tous marchent à la gloire, Maia Homère les suit au temple de mémoire.
Ainsi Tantiquité, la couronne à la main, Du poète savait assurer le destin.
Ne nous étonnons plus, dans le siècle où nous sommes, Qu^elle ait toujours été si féconde en grands hommes. Le talent craindrait-il de se montrer au jour, Quand Témulation, la gloire tour à tour L'invitent, à Tinstar des plus heureux modèles, A prendre Fessor, à Tombre de leurs ailes P
Faut-il, sur cette terre heureuse et vierge encor.
Où semblent se lever les jours de Tàge d*or,
Quand, dans d*autres climats, un démon sanguinaire
Va soufflant la terreur, la discorde et la guerre,
Renverse, sans respect pour des droits immortels.
Les monuments des arts, les trônes, les autels.
Faut- il ne pas savoir, dans le sein de la paix.
Des muses cultiver les aimables bienfaits P
Si nous les cultivons, qu*au moins rindi£férence
Les laisse sans honneur, comme sans récompense ?
Sur d*ignobles travaux transfère indignement
Le prix qui devrait seul couronner le talent P
Et sur ce sol ingrat où partout il végète,
On ose demander Fasile du poète !
Alors que pour domaine il a tout Tunivers,
Comme Faigle planant dans Fempire des urs ;
On veut que, confiné dans un coin de la terre,
Son génie à l'étroit y reste solitaire....
Non I notre ciel pour lui n'a pas assez d'azur ;
Nos champs sont trop déserts, notre air est trop peu pur;
Sur un sable doré seul coule le Pactole ;
Sur les plus belles fleurs seul dort le fils d'Eole.
Consolons-nous pourtant de ces moments perdus Dans l'oubli des talents, le mépris des vertus. Un rayon lumineux dont l'horizon se dore A nos yeux attentifs semble annoncer l'aurore De ces jours désirés, de ces joiurs tant promis Qui doivent embellir nos rivages chéris.
Rougissant de son règne, avouant sa dé&ite.
L'ignorance aux abois demande sa retraite.
198 LE RÉFEBTOIRE NATIOKAL.
Le front ceint de Tolive enlacée aux lauriere,
Minerve, un sceptre en main, descend dans nos foyers;
Et fière de Fardeiur que pour elle on respire
Jette les fondements de son aimable empire.
Heureux! trois fois heureux I ce poète appelé
A chanter un pays unsi régénéré.
On ne le verra plus pensif et solitaire
Soupirer aux accents d*une muse étrangère;
Demander aux échos, endurcis à ses pleurs,
Un siget pour sa lyre, un prix pour ses labeurs!
H saura les trouver au sein de la patrie ;
n Tentendra lui dire, à ses accords ravis :
*' S*il &ut des orateurs pour maintenir mes lois,
*< Des guerriers valeureux pour défendre mes droits ;
'* n ne me faut pas moins encore des poètes,
** Pour chanter mes succès et publier mes fêtes.
'* Sans eux, je ne saurais, dans mes prétentions,
** M'asseoir, à juste droit, parmi les nations.*'