‹ Le répertoire national; ou, Recueil de littérature canadienneChapitre 103 sur 190 · LE CANADIEN EN FRANCE · texte numérisé non relu

LE CANADIEN EN FRANCE

Salut ô vous, bords chéris de nos pères.

Votre doux nom règne encor parmi nous.

Abandonnés, jadis, en nos misères.

Des Canadiens s*est calmé le courroux.

Et pour la France, un chant sacré s'élève; Qu'il brille pur le ciel de nos ayeux.

Au nouveau monde un jour pour nous se lève, n sera glorieux.

Des pleurs d'exil ont du sang des barbares.

Purifié nos fertiles sillons ; Sur des débris les lugubres fanfiires Ne portent plus l'effiroi dans les vallons.

La liberté, la paix et l'abondance Ont aux amours remis un luth joyeux.

Au nouveau monde un jour pour nous commence, n sera glorieux.

On ne voit point des grands dans leurs tourelles, De nos pasteurs éblouir les fiertés.

A la vertu comme à l'honneur fidèles Ils se riraient de ces divinités.

Au même rang le destin nous fait naître ; Seul le mérite est un titre des deux.

Au nouveau monde un jour vient de pandtre, H sera glorieux.

200 LE SÉFERTOna^ HATIONAL.

Pour nos ayenx la coupe fiit amère, Jamais VeiSl eut-3 de doux plaisir F Us avaient pris la Seine pour leur mère ; Puis la quittantils Yont ailleurs mourir.

Cherchant un ciel qui daigne leur sourire, Le sort, enfin, s*appaise à leurs neveux, Au nouveau monde un jour commence à luire.

Il sera glorieux.

O vous, Français, vous eûtes bien des peines. Depuis qu*un sort jaloux nous sépara.

Jusqu^à nos bords, des chutes de vos chaînes, Le bruit confus longtemps se prolongea. Après ces temps de douleur et d*alarmes, Un doux soleil, pour vous, luit dans les deux. Du nouveau monde il a reçu ses charmes, H sera glorieux.

Libres, enfin, preux aînés de TËurope, Dans le forum accueillez vos cadets.

Le germe saint partout se développe, La liberté descend sur leurs guérêts.

De chants proscrits les peuples sur la lyre.

Vont adoucir leur destin malheureux.

Dans le vieux monde un jour commence à luire, Il sera glorieux.

Dans cet espoir. Français, chantons encore ; A nos ajeux ces luths étaient communs.

Doux souvenirs, égayez notre aurore ; La liberté dissipe les chagrins.

Sigets heureux de son aimable empire.

Oui, Canadiens, Français, noms chers aux cieux, Puisse longtemps le bonheur nous sourire Sous un ciel glorieux.

F. X. Gabnbau (») (Paris).

(1) M. Gameau, originaire de St. Augustin près de Québec, est né en 1809. Mis à l'école à Fâge de 5 ans, des malheurs de famille firent ensuite négliger son éducation. Cependant il entra à Fâge de 14 ans au greffe des protonotaires de la cour du banc du roi cmmne clerc du vénérable M. Perrault, cet ami si dévoué de la jeunesse canadienne, et à 16 ans dans celui d'un notaire. Fendant sa oléricature, il se livra à des études diverses, et outre le droit, il commença à apprendre Fanglaîs, le latin et même l'italien. En 1831, un an après avoir été reçu notûre» il partit pour l'Europe, et à

LE RÉFEBTOIBE NATIONAL. 201

LE VPYAGEUR.

ÉLÊOtlE*

Le munnure des flots qui blanchissent ces bords, Et la brise du soir cadençant ses accords ; , La douteuse clarté de Tastre du silence Effleurant les coteaux, les bois, la mer immense. Tout réveille dans moi de pieux souvenirs, Et mon âme en planant 8*enivre de désirs.

L*amant ou Texilé, le bonheur, la misère.

Chacun a ses échos dans ce lieu solitaire.

Heureux celui qu^embrase un délire jojeux !

Naguère je goûtais ce nectar précieux ;

XiOndres il devint secrétaire de l'honorable D. B. Viger, agent du Bas-Canada auprès du gouvernement britannique, avec lequel il resta près de deux ^ns. Il alla deux fois à Paris où il fat présenté à plusieurs hommes célèbres ^ans les lettres et dans les sciences. Pendant sa résidence à Londres, il fiit «dmis dans les rangs de la Société Littéraire des amis de la Pologne, dont Thomas Campbell, l'anteur du beau poëme aD^ais : ** The pleasure of Hope^* ^tait président, et dont formaient aussi partie le comte de Camperdown et plusieurs autres membres de la chambre des lords et de celle des communes. H s'y lia d'amitié avec un savant polonais, le Dr. Zohirma, ancien professeur de philosophie morale à l'université de Varsovie, et connut une partie des iréiugiés polonais qui vinrent à Londres, le poète national de leur infortuné pays, le vieux Niemoewitz, anden aide-de-camp de Kosciusko, le prince Czartoryski, le général Pac, etc. Il mit quelques fois la main à la rédaction de la revue, " The PdUmia^" publiée à Londres sous les auspices de la Société.

De retour dans son pays, M. Gameau se livra dans ses moments de loisir à son goût pour les lettres, chérissant dans le modeste silence du cabinet cette indépendance de l'esprit sacrifiée si souvent sur la scène politique. H s publié dans les journaux différentes poésies dont nous allons reproduire nae partie. Il travaille actuellement à une histoire du Canada dont les deux premiers volumes ont déjà vu le jour et le troisième doit paraître, dit-on, cette année. Quoique cet ouvrage ait eu à subir plusieurs critiques, il a mérité à son auteur des témoignages non équivoques d'approbation d'hommes, «n Canada, en France et dans lés Etats-Unis, dont les suffrages doivent ilatter son cosnr. Son but dans ce livre grave est de repousser les calomnies «t les assertions mensongères prodiguées contre nos compatriotes par des «crivains ignorants ou préjugés, et de rallier au culte de nos ancêtres ceux qui désespèrent de la cause sainte de la naUonaiiitè.

202 LE RÉPEBTOIBE NATIONAL.

Mais errant aujourd'hui sur la terre étrangère, Sans parents, sans patrie, oublié des humains, A Técho de douleur j'adresse mes refrains ; La nuit seule entend ma prière.

O toi qui de Tamour bus le philtre enchanteur, Ou qu'abreuve à longs traits la coupe du malheur,

Poursuis les concerts de ta lyre :

La nature propice en ces lieux les inspire,

Et les zéphirs te répondront en chœur.

Hélas I dans quel climat le ciel te fit-il naître ? Quel destin malheureux, quel orage peut-être,

Contre toi souleva les flots ?

D'un joug pesant fuis-tu l'ignominie,

Ou de ton fatal génie Suis-tu l'astre entraîné par des sentiers nouveaux ?

Le bonheur file en silence Les jours de l'humble berger ; Le toit qui vit sa naissance Ne le vit pas s'enfuir à l'étranger.

Content du sort, chéri de sa bergère.

En vain, roule aux cités le char ambitieux.

Dormant en paix sous la douce chaumière, H méprise des rois les palais orgueilleux.

Que n'ai-je, comme lui, dans le hameau paisible Sut choisir un séjour aux chagrins inconnu !

Savourant le bonheur d'une épouse sensible J'eus partagé l'amour et la vertu.

Mais d'un astre fatal éprouvant l'influence.

J'errai contre mon gré bien loin sous d'autres cieux. Je disais : je verrai le soleil de la France Et le tombeau de mes ayeux.

Je laissai donc ces bords, où, profonds et sublimes Roulent du Saint-Laurent les flots majestueux ; J'entends encor gronder dans les sombres abîmes Du fier Montmorency les rochers écumeux.

Mes yeux suivaient de loin ces murailles superbes Qui portent jusqu'au ciel leurs créneaux foudroyants Et les rayons du soir glissaient, comme des gerbes, Sur les tolta è\Ao\ù&Qa.iv\«.

LE RiPERTOIBE NATIONAL. 203

O toi, fière cité, reine de ma patrie,

Combien dût ce moment me coûter de douleurs !

A ces pensers... ma paupière attendrie

Ne peut retenir ses pleurs.

J*ai vu de Tocéan les vagues agitées Que pressaient d* Aquilon les ailes irritées. Puis j*ai vu de Paris les palais somptueux, Et le dôme superbe élancé jusqu'aux cieux.

Sur la colonne triomphale; J'ai vu de vieux guerriers relire leurs exploits ; J'ai vu le lieu funèbre où repose des rois

La cendre sépulchrale; Mais rien du Canada n'éteint le souvenir :

J'y trouvais le passé, j'y voyais l'avenir.

En vain, Londre à mes yeux déployait sa richesse, Son faste, sa splendeur, d'un factice bonheur

La perfide ivresse, Mon âme n'y trouvait qu'un charme empoisonneur.

Où sont ces jours quand, sous l'ombre d'un chêne, Je fredonnais un rustique refrain ?

L'amour guidait mes doigts, et la timide Hélène En rougissant sentait gonfler son sein.

Mais, comme un doux rayon au milieu d'un orage

Frappe l'œil du voyageur, ^ Ce tendre souvenir perce, en vain, le nuage

Qui pèse encor sur mon cœur.

Hélas ! j'ai tout quitté, parents, amis, chaumière ; Chaumière où j'ai reçu la vie et la lumière.

O toit, cher protecteur de mon humble berceau, De ma voix, de mon nom nourrirais-tu l'écho ? Ingrat, j'ai déserté le seuil de mon enfance. Seul un furtif adieu fut ma reconnaissance.

D'une mère éplorée, oubliant les regrets,

Je la quittais, peut-être pour jamais.

Non... je vous reverrai, lieux qui m'avez vu naître ;

Champs, bocages, riants vallons ;

J'y répéterai mes chansons ; De tristes souvenirs de la flûte champêtre

Attendriront les sons.

204 LE BÉFEBTOIRE NATIONAL.

Ah ! combien il est doux après un long orage,

De rentrer dans le port, de baiser le rivage

Que Fautan furieux semblait nous disputer :

Un bonheur toujours pur devient fhûd à goûter.

Déjà je vois au loin venir sur la colline

Mon père aux cheveux blancs, que la vieillesse incline.

Ses cheveux que zéphire agite mollement,

Couvrent son front joyeux de leurs boucles d*argent.

De ses pas Fàge, en vain, ralentit la vitesse,

U me voit, il m*atteint, sur son sein il me presse.

Une mère, une sœur, des frères, des amis !

Je revois donc enfin ces objets tant chéris...

Mais que dis-je?... Peut-être un funèbre silence

Règne au toit paternel, témoin de mon enfance ;

Qu*un père, qu*une mère, enviés par les Dieux,

Reposent muntenant dans la splendeur des cieux ;

Que ses tristes enfiints vont pleurer sur sa tombe

Quand de Thumide nuit le voile épais retombe.

Us disent : notre frère est aussi loin de nous.

n quittait pour un rêve un asile si doux !

Il ne répondit pas à la voix de son père,

Lorsqu*à ses yeux la mort déroba la lumière.

Errant en d'autres climats Il n*a pas entendu Fairain impitoyable Sonner... ni dans le deuil s'avancer le trépas, Tenant le sablier dans sa main redoutable,

Et notre seuil frémir sous ses pas.

Mais pourquoi de mon cœur augmenter la tristesse ? De ces iUusionSi noirs enfants de la nuit,

Chassons l'ombre qui me poursuit ; Lyre répète encor tes accents d'allégresse.

Et dérobe mon âme à l'ennui.

Oui, je verrai ces champs où rêvait ma bergère ; Du lympide ruisseau j'écouterai la voix ; Et sous le pin toufiu qui vit naître mon père Je chanterai mes refitiins d'autrefois.

Aux premiers rayons de l'aurore Qui brilleront à l'orient, Je poursuivrai de l'œil encore L'astre des nuits dans l'occldeut.

LU KÊPERTOIBE NATIONAL. 205

L*airain sonore au clocher du village,

En répondant à Thymne du matin.

Réveillera par son divin langage,

Ces sentiments qui charmaient tant mon sein.

Et sous l'ormeau, voisin du toit champêtre, Aux pas légers qu'accorderont mes chants.

Je mêlerai les récits que fait naître Le Dieu jaloux du bonheur des amants.

De la rive où le flot expire J'écouterai le vieux pêcheur.

Sa voix que le silence inspire A des airs qui charment le cœur.

Mes doigts harmonieux animeront ma lyre.

Dont la corde souvent chantera nos exploits.

Et quand l'âge viendra refroidir mon délire,

Assis à l'ombre d'un bois, Mes chants plus doux plairont au folâtre zéphire.

F. X. Gabnbau (Londres).

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