‹ Le répertoire national; ou, Recueil de littérature canadienneChapitre 142 sur 190 · LE TOMBEAU DE WALLER · texte numérisé non relu

LE TOMBEAU DE WALLER

Le jour tombait et la veuve tardive

Du temple saint est déjà de retour ;

£t dans les airs levant sa voix plaintive,

Le vieux clocber gémissait sur sa tour.

Je parcourais le sentier solitaire

Où souvent brille un funèbre flambeau ;

Depuis longtemps interrogeant la terre,

En vain mes yeux demandaient son tombeau.

Pas une pierre à Tétranger qui passe En Tarrêtant demande quelques pleurs.

Du fossoyeur lorsque la main est lasse Y gît l'acier qui couvre nos douleurs.

(> ) Jocelyn WaUer, appartenant à Tune des premières familles irlandaises, vint en Canada en 1820. Deux ans après il rédigea le Montréal Gazette; mais ses principes libéraux déplurent aux propriétaires de ce journal, et il en abandonna bientôt la rédaction. Survint alors le fameux premier bill pour réunir les deux Canadas en une seule province. Les Canadiens-Français, ennemis de cette mesure, sentirent le besoin de créer un journal anglais pour se défendre auprès de la population anglaise du pays. Us fondèrent le Canadian Spectator et en confièrent la rédaction à M. Waller. Malgré les efforts du parti unionnaire, M. Waller réussit à former un parti, parmi la population bretonne, qui se joignit aux Canadiens pour combattre l'union projetée. Dans cette longue lutte M. Waller s'était attiré la haine du Procureur-Général; il fut emprisonné et subit plusieurs procès politiques dont il sortit victorieux. M. Waller est mort en 1829, entouré de l'estime et de l'admiration des Canadiens-Français, dont ii avait si vaillamment défendu les intérêts. M. Waller est mort au moment où la cause des Canadiens triomphait en Angleterre, et où il allait faire un héritage d'un revenu de sept à huit mille louis par année avec le titre de baronnet, par suite de la mort de son firère aîné.

258 LB BiPBBTOIRE HATIOKAL.

O ! i ott fc nif cnid à ma patrie.

Tu cdns moo froot eomme un pemuil bandeau !

Hélas! WaUer, amâtôt Foo t'onUie,

£a Tain mes jeux demandaient son tombeau.

Où sont ces jours que Fétendard de gknre.

Couvrant son front, flottait aux premiers rangs.

Déjà partont on sonnait la victoire ;

O liberté ! venge un de tes enfimts.

Morne et pensif le peuple le regarde.

Et dit tout bas, ** de mourir qu'il est beau,

^ Lorsque Ton tombe aux rangs de ravant-garde.*

En vain mes yeux donandaient son tombeau.

Waller n*est plus ; mais sa noUe éloquence

Réchauffe encore ses anciens compagnons :

Fertile sol où mûrit la semence,

Oui, ses écrits auront des rejetons.

Le feu sacré de Fantique Hîbemie

Dans notre sein coule comme un rmsseau.

Heureux les bords qui furent sa patrie !

En vain mes yeux demandaient son tombeau.

Las de porter les fers de Tesclavage,

Des bords chéris en pleurs il s*exîla ;

La liberté le rit sur notre plage.

De son autel l'ombrage le voila.

Et citoyen d'une terre étrangère.

On le voyait mourir sons son drapeau :

n fut fidèle en nos jours de misère.

En vain mes yeux demandaient son tombeau.

Ah ! s'il pouvait de l'empire des ombres Voir ici-bas ses anciens Compagnons ; Ses pleurs feraient gémir les rives sombres, n ne verrait que des désertions.

Le sang aussi aurait scélé leur crime ; Dans leur patrie ils plongeaient le couteau î Et de leurs nudns ils creusaient son abîme.

En vain mes yeux demandaient son tombeau.

Mais quel écho de la dté lointaine.

Vient de fri^per son ronpart crénelle :

Vite un denier à la main qui promène, Chacun ccuât, ^qiiik \e i^utc« «s^.

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Je vois enfin la foufe hospitalière Se promener à Fombre d*aD ormeau, Là de Waller repose la poussière :

Enfin, mes yeaz ont trouvé son tombeau.

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