‹ Le répertoire national; ou, Recueil de littérature canadienneChapitre 19 sur 190 · Scène VI · texte numérisé non relu

Scène VI

M. DOLMONT.

M. DOLMONT. Comment se porte M. le Bailli ?

LE BAILLI. Pour VOUS rendre mes services.

M. DOLMONT. Je TOUS al fait un peu attendre ?

LE BAILLI. Et moi, je vous ai interrompu peut-être?

M. DOLMONT. Nullement, j'étais occupé de quelques affaires qui regardent mes vassaux.

LE BAILLI. Toujours occupé d'eux !

M. DOLMONT. On fait ce qu'on peut. Ces pauvres gens ont souvent besoin de moi, et il en coûte si peu quelquefois pour faire du bien que c'est se priver d'un grand plaisir que de n'en pas faire.

LE BAILLI. Excellente morale I mais à propos de plaisir, il me semble qu'on en goûte bien peu en vivant aussi retiré que voua, et qu^on doit furieusement s'ennuyer.

LE m^EBTOIBB NATIONAL. 27

M. DOLMONT. C'est ce qui vous trompe, monsieur, Fennui n'est fait que pour l'homme désœuvré ou qui ne trouve pas de ressource en lui-même ; au reste, chacun a ses jouissances et voici les miennes :

ARIETTE

De FiDdigence autour de moi, Adoucir la peine extrême, Faire du bien, voilà ma loi.

Mon goût, mon système.

A Tabri des soins divers,

Et des revers

De la fortune.

Sans rechercher la grandeur, En ces lieux je trouve le bonheur, Nul désir ne m*importune.

Ecartant de moi les soucis.

Les chagrins, les tristes ennuis, Si Ton me blâme, je m'en ris; Pour moi le plaisir suprême.

Est de me faire des amis.

Et de jouir de moi-même.

LE BAiLU. Avec cette philosophie on doit se faire effectivement beaucoup d'amis.

M. DOLMONT. Et l'ou uc fait souvcut que des ingrats ; mais venons au sujet qui vous amène.

LE BAILLI. Vous avcz adopté une jeune personne à laquelle vous voulez du bien.

M. DOLMONT. Vous parlez de Colinette peut-être?

LE BAILLI. Oui, c'est uuc aimable enfant.

M. DOLMONT. II cst vrai que j'ai pris plaisir à l'élever, et j'ai bien lieu de ne m'en pas repentir.

LE BAILLI. Vous avtz dcssciu sans doute de lui procurer un bon établissement ?

M. DOLMONT. Je n'ai encore aucune vue à cet égard ; mais quand elle prendra un parti, je me réserve seulement le droit de l'éclairer sur son choix.

LE BAILLI. J'entends, c'est-àrdiie, Vemi^èài^T ^^ %^

28 LE BéPEBTOIBE NATIONAL.

laisser éblouir par le clinquant de la jeunesse, et la porter à lui préférer la solidité de Tâge mûr.

M. DOLMONT. 11 est vrai que Famour et la raison vont assez rarement de compagnie.

LE BAILLI. Je pense comme vous, monsieur ; et la jeunesse doit avoir de grandes obligations à ceux qui la détourne d'un choix dont elle pourrait avoir lieu de se repentir.

M. DOLMONT. Cela est vrai ; mais à quel propos me faitesvous cette question?

LE BAILLI. C'est une indiscrétion peut-être, et c'est cependant en partie le motif de ma visite : chargé par quelqu'un de vous faire une proposition qui regarde Colinette, je voulais auparavant essayer de pénétrer les vues que vous avez sur elle, mais la conformité de vos principes et des miens m'enhardit à vous parler plus clairement.

M. DOLMONT. Qui cst-co qui vous a chargé de cette proposition ?

LE BAILLI. Un garçon d'un certain âge, mais riche et qui l'aime passionnément.

M. DOLMONT. Qucl CSt SOU UOm?

LE BAILLI. Il ne m'a pas permis de le nommer qu'en cas que la proposition fût agréée.

M. DOLMONT. Sou amour est bien mystérieux I au reste, je n'ai rien à répondre à cette proposition, car il n'entre pas dans mon plan de chercher à fixer le choix de Colinette d'après mon goût, mais seulement de la guider dans celui qu'elle pourrait faire.

LE BAILLI. Cependant vous convenez que la raison de l'âge mûr...

M. DOLMONT. N'est pas toujours fort propre à amuser une jeune femme.

LE BAILLI. Mais convenez du moins que la richesse...

M. DOLMONT. Ne rend presque jamais heureux deux époux quand ils n'ont d'autre félicité que celle qu'elle procure.

LE BAILLI. Ainsi donc, monsieur, vous ne consentiriez pas aax propositions de cette personne...

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M. DOLMONT. Je ne dis pas cela, mais je ne pois rien promettre sans consulter auparavant le goût de Colinette dont j'ignore les sentimens à cet égard ; cependant je loi en parlerai, et noas en causerons une autre fois. .

LE BAILLI. Cela suffit. Je me suis aussi chargé ée vous parler pour un jeune homme qui désire beaucoup de s'enrôler dans la milice, avez-vous encore besoin de quelqu'un ?

M. DOLMONT. Oui Vraiment, le nombre n'en est pas toutà-fait complet.

LE BAILLI. Le jeune homme dont je vous parle fera, je crois, votre affaire, cela est vigoureux, assez bien pris, de bonne volonté, et c'est de quoi faire un bon soldat.

M. DOLMONT. OÙ est-îl?

LE BAiLU. 11 devrait êti^e déjà ici, car je lui avais indiqué l'heure que je devais m'y trouver pour vous le présenter. Il est un peu timide, mais cela se dégourdira dans le service.

M. DOLMONT. Ce n'est rien, l'essentiel est qu'il soit jeune et de bonne volonté.

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