Scène VIII
M. DOLMONT, LE BAILLI, vCOLAS.
COLAS, (faiscmi des révérencesj. Monsieur, j'ons cris Vhonnear de voua tronhhr pour....
30 LE RÉPERTOmB NATIONAL.
LE BAILLI. J'ai parlé pour toi à monsieur Dolmont.
COLAS. Grand merci, monsieur PBailli.
LE BAILLI, (bas à Colas). Tu vois que je ne t'ai pas oublié.
COLAS. Monsieur, m'accordons t'y la grâce...?
M. DOLMONT. Mou ami, ceci n'est point une grâce; je me prête seulement à ton inclination et à ton goût.
COLAS. Ah 1 pour c'qu'est d'ça, monsieur, j'vous assure que c'est ben mon goût et mon inclination.
M. DOLMONT. C'cst uuc preuvc que tu as du courage.
LE BAILLI. Du courage I Oh cela ne lui manque pas.
COLAS. Non, non, quand il faudra travailler....
M. DOLMONT. Sa taille est assez convenable ; mais rempliras-tu bien tous les devoirs de l'état où tu vas entrer ?
COLAS, (sawriant). A moi l'soîn, monsieur.
M. DOLMONT. Tu as besoiu d'une bonne santé.
LE BALiLi. Il est très bien portant.
COLAS. Je n'suis jamais malade.
M. DOLMONT. Il faut de la vigueur.
LE BAILLI. Il en est plein.
COLAS. J'en avons, monsieur.
M. DOLMONT. Pouvoir résister à la fatigue du jour.
LE BAILLI. Il y est accoutumé.
COLAS. J'y sommes accoutumé.
M. DOLMONT. Oui, mais à celle de la nuit?
COLAS, (un peu interdit). Si j'fatiguons trop la nuit, j'nous r'poserons le jour.
M. DOLMONT. Oh! mou ami, cela ne s'arrange pas de même, et l'on a souvent de repos ni le jour ni la nuit.
LE BAILLI, Il est jeune, il résistera à toutes ces fatigueslà.
COLAS, (riant). Oui, oui, ça nous regarde.
M. DOLMONT. AUous, tu me parais avoir un goût décidé pour cet état-là. Nous allons de suite procéder à ton affaire. Ecrivez, M. le Bailli, la formule est prête, il n'y a plus que le nom à mettre.
LE BlÊPERTOIRE NATIONAL. 31
LE BAILLI, (a^ arrangeant pour écrire). Volontiers.
COLAS. Quoi ! tout-à-l'heure ? Ah que j'suîs content !
M. DOLMONT. Comment t'appelles-tu ?
COLAS. Colas le Franc, monsieur, pour vous servir.
LE BAILLI, (écrivant). Colas le Franc.
M. DOLMONT. Le uom de ton père ?
COLAS. Eustache le Franc, et ma mère Thérèse Robert, ils étions tous de la paroisse ; oh I les bons parens que c'étaient ! Et s'ils n'étions pas morts, qu'il y aurait longtems que...
LE BAILLI. Il ne s'agit point de cela.
M. DOLMONT. ToU âge ?
COLAS. Vingt-deux ans.
LE BAILLI, (écrivant). Agé de vingt-deux ans.
M. DOLMONT, (prenant le papier des mains du Bailli), Voyons cela.
COLAS, (bas au Bailli). Faut-t'y pas que l'nom d'Colinette soyons sur l'contrat ?
LE BAILLI. Il n'est pas nécessaire.
COLAS, (bas). Mais faudrait-t'y pas du moins qu'elle fût présente ?
LE BAILLI. Tais toi. N'interromps pas monsieur.
H. DOLMONT, (lisant haut). Le nommé Colas le Franc, de la paroisse Dolmont, âgé de vingt-deux ans, (hca) br. br. br. br. br. br. (haut) volontairement et de plein gré, (bas) br. br. br. br. br. br. (haut) cela suffit ; sais-tu signer?
COLAS. Oui, monsieur, j'faisons ben la croix.
M. DOLMONT, (lui donnant le papier) . Fais-la ici... Voilà qui est fini, mon ami, tu n'as qu'à préparer tes bardes et te tonir prêt pour demain.
COLAS. Oui, monsieur, tant matin qu'il vous plaira.
M. DOLMONT, (tirant une cocarde de sa poche). Tiens, mets ceci à ton chapeau.
COLAS. Grand merci, monsieur ; oh I le beau ruban I
LE BAILLI, (lui ôtant son chapeau). Donne, que je t'arrange ceJa.
TOLAS. Nannî, vraiment, j'craindrais de Psalir; ce sera Dour demain.
M. DOLMONT. Oh ! tu pcux le mettre dès à présent ; mais ne manque pas ce soir de venir chercher ton fusil.
COLAS. Un fusil ?
LE BAILLI. Oui, c'est uu fusil que monsieur te donne.
COLAS. Aussi?
M. DOLMONT. Uu fusîl et uu havrcsac.
COLAS. Un havresac ! et pour quoi faire ?
M. DOLMONT. Comment, pour quoi faire ? Un havresac et une giberne, ce sont des meubles dont tu as besoin.
COLAS, (h part). Ah ! pour la chasse peut-être.
M. DOLMONT. Ne manque pas même de prendre ta gibcmc dès le matin.
COLAS, (h part). Une giberne pour me marier 1