VI INTRODUCTION
Les journaux, en se multipliant, ont fait multiplier les lecteurs et les écrivains. Mais pendant longtemps, bien longtemps, les écrivains se sont renfermés dans des discussions souvent oiseuses et rarement instructives. Ceux qui ont eu la hardiesse de sortir les premiers de ces ennuyeuses discussions, pour s'essayer dans des compositions purement littéraires, soit en prose, soit en vers^ furent en butte à des critiques acerbes, ironiques, jalouses, et à des reproches plus modérés et trop souvent mérités.
De tous ces tâtonnements, de toutes ces discussions, de tous ces essais, est néanmoins sorti le germe d'une littérature nationale. Mais la politique, en s'emparant de tous les esprits et des meilleurs talents, a malheureusement enlacé notre jeune littérature dans ses fils. Les essais poétiques, surtout, ont trop longtemps eu pour sujet des pensées politiques, et pour but des attaques contre les hommes qui gouvernaient le Canada, et tyrannisaient les Canadiens- français.
Toutefois, avant 1820, époque où la littérature a commencé à prendre un caractère solide, plus défini, plus national, des hommes sérieux et instruits ont traité de Thistoire, des sciences, de l'instruction publique, et plusieurs voyageurs nous ont laissé des récits, quelques fois très intéressants, de leurs voyages.
La littérature canadienne s'afiranchit lentement, il faut bien le dire, de tous ses langes de l'enfance. Elle laisse la voie de l'imitation pour s'individualiser, se nationaliser; elle s'avance, en chancelant encore, il est vrai, vers des régions nouvelles ; devant elle s'ouvre un horizon et plus grand, et plus neuf: elle
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commence à voir et à croire qu'elle pourra s'implanter sur le sol d'Amérique comme une digne bouture de cette littérature française qui domine et éclaire le monde, le guide ou le soulève, le fait rire ou trembler, le lance en même temps contre les rois et les préjugés sociaux, et le mène à la recherche de la vérité par des chemins inconnus jusqu'à nos jours, en jetant cependant l'effroi dans l'âme d'un grand nombre de penseurs contemporains.
Les sociétés littéraires existantes ; les travaux des hommes généreux et dévoués qui prononcent des discours aux séances publiques de ces sociétés; les penchants, les études et les essais des jeunes gens, tout nous fait voir que la littérature nationale entre dans une ère nouvelle : ère de progrès et de perfectionnement*
Le lecteur se réjouira, comme nous, en arrivant à l'époque actuelle, de voir combien la littérature canadienne s'émancipe du joug étranger; de voir combien les écrivains, mûris par l'âge et par l'étude, diffèrent en force, en vigueur, en originalité, des premiers écrivains canadiens; de les voir s'élever au-dessus des frivolités et des passions politiques, pour aller à la recherche de tout ce qui peut être vraiment utile au peuple, de tout ce qui peut consolider et faire briller notre nationalité.
A part quelques volumes et quelques pamphlets, tous les essais des écrivains canadiens se trouvent enfouis dans les énormes volumes des journaux périodiques. Jetés sur des feuilles politiques comme quelques fleurs dans un gouffre, ils ont disparu pour toujours^ si une main amie ne lea TC;l\t^ ôkA\^\ii^