FABLE
.Une rose vermeille, (i)
D*un monde sédacteur méconnaissant le cours.
Et se croyant la huitième merveille.
Tenait â peu près ce discours :
** Oui, j^aî reçu du ciel cette douce influence ** Qui quelquefois préside â la naissance.
*' Pour moi, prodigue de feveurs, ** La nature a tout fait : éclat, vives couleurs^
*< Bel incarnat, fraickeiur mccmiparable, '^ Et jusqu'à ce parfum d*une odeur délectable,. " Semblable à Taliment de» Dieux " Que la Mère des grâcesy ''^ En descendant des eieux,.
^ Répandait sur ses traeesw ** Du côté des grandeurs^ '^ (Ce n*est pmnt un délire) **La déesse des fleurs " Ne m*a-t-elle pas fliit maltresse d^'un empire ? ** Que me manque-t-il donc ? un amant?... le zéphir' "Dedans mon sein de pourpre entr^ouvert au plaisir *^Ne me souMe-t-H pas son amoureuse baleine ? '*^ Violettes, jasmins, superbes lis^ œiHets, *^ Renoncules, lilas, vous êtes mes sujets ; •* Courbez tos têtesy fleurs, saluez votre Reine.** L*Immortene entendit ce discours insensé.
Qui ne pouvait sortir que d*un cerveau blessé : ** Pourquoi faire,, dit-elle^ un si grand étalage ** De tous ces agréments séduisants et légers ?
^ Ce sont des éclairs passagers ^ Qu*on voit étinceler à trayers un orage f **• Quoique tous en disiez, les grandeurs, la beauté, ^ Ne valent pas le don de Fimmorti&ité.
(i) Nous avons retranché la première partie de cette fisible qui ne se satiaobait nullement à son sujet
IM BÉFBHIOIBS NATIQNAI^ 85
^ Un jour vous vmt régner, ou pour mieux dire, ** Le matin tous voit naître, et le soir Rose expire. ^' Combien de vos ayeux n'aî*je pas vu périr ! ^ Le nombre «n est inoakulabie.
*' Pourquoi donc tant s*enorguillir
•• D'un destin pitoyable ?
" Je ne saurais envier votre sort, ** n est de trop cçurte durée ; •* «Taîme à voir entasser année sur année." Avait-elle grand tort?
Rose ne sut que dire.
Le soir vient, Rose s'épanouit.
Ouvre son sein, baisse la tête, expire.
Adieu fiaicbeur, éclat, adieu grandeur, en^ire, Tout à rinstant s'évanouit.
Mortels, n^oubliez pas le fonds de cette fable. Et préférez toujours Futfle à l'agréable.