‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 89 sur 123 · TION · texte numérisé non relu

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sens plus restreint des mots enseignement ou instruction.

Le mot éducation, comme vous savez, comprend tous les perfectionnements dont l’homme en société est susceptible. Ainsi, l'éducation est morale et religieuse, physique et intellectuelle tout à la fois. L'enseignement, l'instruction, dans leur acception ordinaire, ne se rapportent qu'à l'intelligence, et ne comportent conséquemment qu'une pertie du sens du mot éducation. Ceci expliqué, entrons en imatière.

Au milieu de la tourmente politique qui nous a ballottés pendant le demi-siècle écoulé, et dont nous ressentons encore les oscillations, l'éducation du peuple, comme l'éclair au milieu de l'orage, est de tous les sujets qui ont attiré l'attention pendant cette période, celui qui a su le mieux percer les nuages qui obscurcissaient l'horizon politique, et partager l'opinion publique avec les grandes questions de réforme et de liberté constitutionnelles qui n’ont cessé d'être à l’ordre du jour. La presse, comme toujours, a pris sur le sujet une vive et féconde initiative ; la tribune lui a fait un éloquent et fidèle écho, et la législature, cédant à ces deux voix du peuple, a été, depuis une quinzaine d'années surtout, prodigue de lois et de secours en faveur de l'éducation. Aussi, je crains presque d’être accusé de témérité, en venant vous entretenir d’un sujet sur lequel le dernier mot doit avoir été dit depuis longtemps.

Oui, le dernier mot a été dit ; les hommes éclairés et amis de leur pays sont tous d'accord sur les avantages, sur la nécessité, sur l'obligation d’'instruire le peuple. Mais que signifie donc cette opposition si vive et en apparence si générale sur plusieurs points du pays que rencontrent vos lois d'éducation parmi le peuple? Ici, veus voyez ce peuple, si plein de vénération pour ses pasteurs spirituels, rester sourd à leurs exhortations en faveur de l'éducation. Là, le ministre de l'Évangile, pour ne pas compromettre son saint ministère, juge prudent de s’abstenir. Plus loin, les hommes les plus influents, les plus

justement respectés sont l'objet de la défiance publique, Ailleurs, nos bons habitants toujours si paisibles, si soumis aux lois, opposent la force ouverte aux agents de la justice, Sur d'autres points, nous avons à déplorer des attaques nocturnes contre la propriété, contre des maisons d'école même, Un jour, rencontrant un de: nlus notables citoyens d'une de nos principales paroisse: e félicitais de ce qu'il n’y avait pas de trouble dans sa paroisse à propos de l'acte d'éducation, et de ce que tout allait bien chez lui: ‘‘ Oui, dit-il, tout va bien chez nous, ‘‘ parce que, voyant l'inutilité de parler en faveur de la ‘loi, nous nous sommes tus.”’

En présence de pareils faits, que doivent faire les bons citoyens? J'en ai rencontré qui levaient les épaules et courbaient la tête comme pour dire: Que voulez-vous faire avec un pareil peuple? Ce sont les hommes du découragement, ceux-là ; ils désespèrent, mais à tort, du salut de la patrie.

D'autres plus ardents ne voient de salut que da : la coercition, et veulent user, pour soumettre le peu le toute l'autorité de la loi et du gouvernement. Mais ils oublient que nous vivons sous un gouvernement représentatif, et qu’il est au pouvoir, dans certaines circonstances, même d’une minime section du peuple, chez nous où le suffrage électoral est presque universel, de déplacer le pouvoir et de le mettre entre les mains d'hommes qui céderont à ses préventions, à ses préjugés.

Le remède violent qu'on nous propose là, d'ailleurs, n'est possible qu'avec l'arbitraire; pour l’administrer, il faudrait voiler pendant un temps l’image de la liberté, fermer le sanctuaire de la constitution.

Mais avant d'abattre notre pavillon, ou de le clouer au mât, tristes alternatives l'une et l’autre, n’y aurait-il pas moyen de voir s'il n’y a pas de chance de salut autre que le désespoir? Ne vaudrait-il pas la peine de s’enquérir, plus attentivement qu’on ne l’a fait peut-être, si l’opposition du peuple est aussi aveugle, aussi déraisonnable

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qu'elle paraît l'être au premier abord ? N'y aurait-il rien dans votre loi qui, au moins, expliquerait la conduite du peuple, s'il ne la justifiait pas? 11 vaut la peine d'y penser avant de recourir à des moyens extrêmes ou d'abandonner la partie. Il y a presque toujours dans les mouvements de l'esprit populaire une haute raison cachée, qu'il faut avoir soin de rechercher, de connaître et d'apprécier. Sans cela vous vous exposez à commettre faute sur faute, la dernière en entraînant toujours une plus grande, jusqu'à ce que cette pyramide renversée, manquant par sa base, s'écroule sur la société, et la couvre de débris.

Pour moi, messieurs, je ne désespère pas du peuple ; je ne le crois pas ennemi de l'éducation. Eh ! que sommesnous pour la plupart? les enfants du peuple, issus de laboureurs ou d'artisans vivant dans une médiocre aisance, et qui cependant ont fait des sacrifices immenses pour eux, pour nous procurer l'éducation que nous avons eue. On n’en demande pas autant, certes, au peuple de nos campagnes. On n'exige pas de lui qu’il envoie ses enfants dans des pensionnats coûteux. Tout ce qu’on lui demande, c'est le temps de ses enfants et une modique rétribution, charge qu'un bon nombre sont en état de supporter sans trop se gêner; et la loi pourvoit à l’exemption des pauvres. Le cri ‘aux taxes’ ne m'explique donc pas suffisamment l'opposition du peuple à l'acte d'éducation: ce n'est à mes yeux qu'un cri de ralliement, un épouvantail, un prétexte. Il faut qu’il y ait quelque chose de plus ; et si on peut découvrir cette cause cachée au fond de l'instinct populaire, il sera peutêtre facile de trouver un remède plus doux, plus efficace, moins dangereux que la coercition.

C'est une arme à double tranchant que la coercition. Aujourd'hui on l'emploierait à une œuvre sainte et salutaire, demain à faire prévaloir des mesures spoliatrices et liberticides. Il suffirait aux hommes qui auraient le pouvoir en main de dire et de faire répéter à leurs complaisants : C'est pour le plus grand bien du peuple qu'on

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