PAS RAS
A ses vieux errements le Vatican rebelle A lancé sur l'Autriche une foudre nouvelle :
La sainte égalité,
La France, ce géant de la pensée humaine,
Encélade nouveau qu'on tenait à la gêne Sous de trompeuses lois,
De sa couche de feu, impatient esclave,
Vomit de tous côtés la bouillonnante lave Pour la troisième fois.
Le torrent lumineux fera le tour du globe :
A sa course applaudit l'Allemand francophobe Sur l'autre bord du Rhin ; I n'est plus un grand-duc ni margrave qui tienne, Et demain vous verrez un parlement à Vienne, Un sénat dans Berlin.
Au livre de l'histoire une nouvelle page
Qu'annoncèrent jamais ni prophète ni sage, A nos regards a lui ;
De prodiges sans nombr? une foule indicible
Se disputent le pas : toute chose impossible Est probable aujourd'hui.
Pour chanter ses revers, Louis-Philippe, peut-être, Soupire dans l'exil un plaintif hexamètre,
Et Lamartine est roi !
On proclame à Lyon la république au prône !
L'autel, à ses côtés, voit s'abîmer le trône
Sans témoigner d'e,:roi !
Ecoute maintenant, à la reine des mers :
Que dis-tu du tableau que donne l'univers A ta vue étonnée ?
Penses-tu par miracle, au milieu des débris
De l'Europe, garder intacte en tous ses plis Ta charte surannée ?
Que dis-tu de l'Irlande et martyre et bourreau,
Opprobre dévorant qui s'attache à ta peau Comme un remords au crime ?
Combien de temps encore espères-tu pouvoir
Bercer, en l’endormant d'un chimérique espoir, Ce mendiant sublime ?
Combien te faudra-t-i1 encor de bataillons
Pour combattre et dompter deux monstres en haillons, La fièvre et la famine ?
Les trésors de fureur qu'amassait O'Connell,
Sont là près d'éclater : O'Brien et Mitchell Feront sauter la mine.
Que dis-tu de l'Écosse où le chartisme étend, Des rochers à la plaine et de la ville au clan, Sa furieuse ligue ?
Penses-tu que l'on puisse étouffer les complots, Que fabrique en plein air un peuple aux larges flots, ’ar l'or ou par l'intrigue ?
Connais-tu le passé, sais-tu quelle est la main Qui fit crouler un jour le colosse romain De l'un à l'autre pôle ?
Sais-tu quel fut le sort des proconsuls altiers, Valets vêtus de pourpre, et de peuples entiers Tyrans à tour de rôle ?
Entends-tu dans les airs, comme aux temples païens, Quand grandissait déjà le culte des chrétiens,
Des clameurs fatidiques ?
‘* Peuple de rois, les rois comme les dieux s'en vont, La couronne du monde insulte sur ton front
Aux jeunes républiques.”
Pourtant si tu voulais, tu pourrais voir encore
Par des siècles sans fin, du couchant à l'aurore Ton nom glorifié.
Il est un mot magique au plus fort de l'orage
Qui des vents furieux sait conjurer la rage ; Ce mot, c'est: Ziberté !
Dis-le ce mot sacré, dis-le donc à l'Irlande, Qui dans son agonie en vain te le demande Avec des pleurs de sang ; Dis-le pour les colons que t'a légués la France, Et dont tu méconnais la fidèle vaillance, Aux bords du Saint-Laurent.
Dis-le pour tout le monde, et surtout dans la joie De la sainte mission que le Seigneur t'envoie, Ne va pas oublier
Les vieillards accablés sous le poids de l'ouvrage,
Ni les pauvres enfants que renferme ava ‘âge
Niles] fants qu ferm ut l'âg Un fétide atelier.
Liberté, oui pour tous, et par toute la terre !
Pour les esclaves blancs d'Irlande et d'Angleterre, Pour les noirs du Congo.
Alors tu cueilleras une palme immortelle,
Plus noble et plus riante et mille fois plus belle Qu'aux champs de Waterloo.
Alors tu pourras voir démolir l'édifice
Qu'avait construit des rois le constant artifice, Sans la moindre terreur.
Les peuples délivrés chanteront tes louanges ,
Pour te récompenser, du haut des cieux, les anges Répéteront en chœur :
‘“ Salut, fière Albion, salut, reine des mers, Ton pouvoir qui se prête aux vœux de l'univers, S'affermit chaque année, Et les blancs escadrons de tes nombreux vaisseaux Enfin ne laissent plus de parages nouveaux A l'onde consternée.”'