‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 3)Chapitre 13 sur 212 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

coLas, (seul). Morgué j'suis ben heureux d’avoirrencontré M. l'Bailli, si à propos pour m’aider à parler à M. Dolmont ! C’est une chose qui coûte tant que d’aller demander queuqu’un en mariage, surtout quand on n’a pas la parole en bouche.

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ScÈèNE VI.

COLAS, COLINETTE.

COLINETTE. Te ‘oilà donc enfin! Il est bien tems de venir quand l'ouvrage est fait.

COLAS. Quoi donc ?

COLINETTE. Le bouquet que nous devions présenter à M. Dolmont.

CoLAS. Ah !..........Mais c’est que je n’y ons pas songé du tout.

COLINETTE. Belle excuse! voilà comme tu es, tu ne songes à moi que quand tu me vois.

coLAS. Tu savons ben l’contraire.

COLINETTE. Voilà un amoureux bien empressé ; il me donne un rendez-vous et il n’y vient pas |

COLAS. C’est ben vrai, je n'sais pas comment j’ons pu oublier ça.

COLINETTE. Ni moi. J'aurais été bien aise que tu fus venu, mais cependant je n’y ai rien perdu, car pendant que j'étais seule ici un beau monsieur m’est venu trouver qui m’a bien désennuyée.

COLAS. Que veux-tu dire ?

COLINETTE. Je te dis que j’ai fait la connaissance d’un monsieur bien riche et qui m’a dit qu’il m’aimait.

coLAs. V’Ià un beau conte que tu m'fais là !

COLINETTE. Ce n’est point un conte.

COLAS. Tout de bon ?

COLINETTE. Oui. Il m’a même fait des propositions de mariage.

COLAS. Des propositions de mariage! Et que l'y as-tu répondu ?

COLINETTE. Eh dame ! jai répondu.….j’ai répondu comme il convenait de répondre.

COLAS. Mais sans doute que tu ne l’y as pas donné d’espérances ?

COLINETTE. J'ai fait plus, car je lui ai presque donné ma parole.

coLas. Tu l’y as donné ta parole ?

COLINETTE. Oui, ma parole, mon consentement.

coLas. Serait-t-y possible que tu pourrais en aimer un autre après toutes les promesses que tu mas faites ?

COLINETTE. Il est vrai, je ne sais pas comment j'ai pu oublier cela.

COLAS. Je l’sais ben moi. C’est que ton amiquié est pus changeante que l’vent. Mais dis-moi, est-t'y convenable à une fille d'écouter les cajolleries d’un queuqu’un quand elle s’étons promise à un autre? Comment as-tu pu oublier c'que tu m'as dit cent fois, c’que tu m’disons tous les jours? Ah ! Colinette, je n’te croyais pas capable de ça.

COLINETTE. Allons, voilà encore les reproches. Eh! n’as-tu pas toi-même oublié qu’hier au soir tu me demandas avec empressement la permission de venir ce matin me trouver au jardin? Etait-ce une chose à oublier ?

coLas. Tu as raison. Mais dis-moi donc, est-t-y ben vrai qu’un monsieur.…..?

COLINETTE, (l'énterrompant). Tiens, c'est une petite vengeance dont j'ai voulu avoir le plaisir, pour t’apprendre à ne pas manquer une autre fois au rendez-vous.

COLAS. Tu es trop méchante aussi de m'faire endêver comme ça.

COLINETTE. Eh bien! laissons cette plaisanterie qui te cause du chagrin et sois sûr que je suis toujours la même pour toi.

COLAS. Tu me remets le cœur. Eh ben, puisque tu n’es point fâchée, dis-moi donc encore une fois que tu m'aimes.

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LE RÉPERTOIRE NATIONAT.. 19

COLINETTE. Je te l’ai répété cent fois, mais je veux bien encore t’assurer de mes sentimens.

ARIETTE

Le tendre amour qui pour Colas n'engage, Ne changera jamais d'objet ; Les vains dehors d'un brillant étalage, Sur moi ne font aucun effet ; Ton cœur constant, ton cœur fidèle, Pour le mien est un don flatteur :

C'est dans une ardeur mutuelle Que l'on peut goûter le bonheur.

coLas. Chère Colinette ! te me rends le bonheur.

COLINETTE. Es-tu content de cette assurance ? et cela te guérira-t-il de ta jolousie ?

coLAs. Pardonne-moi, ma chère, c’est parce que j’t’aimons que j'ons toujours peur de t’perdre, et pisque tu m'aimes aussi n’me donne donc pus d’chagrin ; mais à propos, y faut que j'te conte queuque chose qui nous regarde tous deux.

COLINETTE. Qu'est-ce que c’est ?

coLAs. C’est pour à l’égard de not mariage.

COLINETTE. As-tu parlé à M. Dolmont ?

coLAs. Non, mais j'ai trouvé queuqu'un qui s’est chargé de l’y en parler avec moi, et jy vas aller tout-à-l’heure.

COLINETTE. Que veux-tu dire ? Conte-moi donc cela.

coLAs. Tiens, v’là comme ça s’est passé, je m'suis levé c’matin tout triste comme d'ordinaire, et j’ai dit en moi-même : c'est demain la fête à M. Dolmont, faut pas que je manque d'aller l’voir; c’est un bon jour pour l’y demander une grâce, faut que jly conte mon amiquié pour Colinette, et que je la l'y d’mande en mariage ; il a l’cœur bon, il est généreux, peut-être qui m'l’accordera.

COLINETTE. Et tu ne songeais point au bouquet ?

COLAS. Pas un brin, j’avions trop d’choses en tête.

COLINETTE. Eh bien.

coLAs. J’ons donc été au château, mais com'y n'était pas l’vé j’n’ons pu l’y parler, et j'en avais ben du chagrin ;

mais en revenant j’ons rencontré M. le Baiïlli qui m'a dit com’ça: D’où qu'tu viens Colas? Moi jl'y ai dit que j’venais d’cheux M. Dolmont ; vla t’y pas qu’y s’est mis à deviner à mes yeux que j’avions d'l'amour pourtoi. Ah! m'a t’y dit, j’sais bien c’que tu as, t'es amoureux d’Colinette ; moi quand j’ai vu ça, j'ai dit tout ingénument que c'était vrai, mais que j’n'osions l'y en parler. Eh bien! Colas, y m'a dit, j'veux m'intéresser pour toi; viens tantôt m’trouver cheux M. Dolmont, et je l’y en parlerai; moi ben content j’l’ons remercié, et j'sommes accouru t’chercher pour te conter ça.

COLINETTE. Tu as fait là une belle affaire.

COLAS. Vas-tu point encore me quereller ?

COLINETTE. Qu'’avais-tu besoin de t’aller confier à ce vilain Bailli ?

coLAS. C’est qu'y va parler pour nous.

COLINETTE. Qu’avais-tu besoin de lui parler de cela?

COLIN. J’te l’dis, y m’? promis d’prendre nos intérêts ; et pis c’est que c’est un homme qu’a la langue ben pendue, va.

COLINETTE. Je te dis moi qu’il ne faut point s’y fier. Il faut que tu lui parles toi-même, ou ne plus songer à notre mariage ; mais voyez un peu quelle confiance !

coLAS. Pardine j’ons ben du guignon! Je n’puis jamais t’contenter ; ne vois-tu pas qu’c’est un service que voulions me rendre M. l’Bailli ?

COLINETTE. Et moi je ne veux pas que tu lui ayes cette obligation.

COLAS. J’n'oserai jamais l’y en parler.

COLINETTE. As-tu peur qu’il te mange? Fi donc! tu n’as pas plus de courage qu’une poule.

COLAS. Allons, je vas prendre ma résolution et aller l'y parler, coûte qui coûte, mais comment que j’dirai ?

COLINETTE. Il faut premièrement demander à lui parler, et s’il n’est pas occupé, tu te feras introduire, tu le salueras, et tu lui diras: Monsieur, j’ai pris la liberté de vous troubler

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Lee MARGES

pour avoir l’honneur de vous souhaiter une bonne fête. Là-dessus il te répondra quelque chose, et aussitôt tu lui demanderas son consentement pour notre mariage.

coLAs. C’est bon, je m'y en vas.

COLINETTE. Tu te souviendras bien de cela ?

coLAs. Oh! que oui.

COLINETTE. Eh bien! voyons, répète-moi ce que je viens de te dire.

coLAS. Tiens, je suppose que tu es M. Dolmont ; j’ôte mon chapeau, et j l'y dis: Monsieur, je prends l'honneur d’avoir la liberté.

COLINETTE, {le contrefaisant). L’honneur d’avoir la liberté. disise Quel galimatias fais-tu donc ?

coLas. Eh dame aussi il y en a si long ! j’puis t’y me souvenir de tout ça, moi ?

COLINETTE. Comment, ne peux-tu pas répéter mes paroles ?

COLAS. Eh sarpedié, j'’les dis toutes les paroles.

COLINETTE. Oui, tu les arranges joliment.

COLAS. Tiens, laissons ça, vaut bien mieux que j'l’y dise tout franchement c’que j’ai dans l’âme.

COLINETTE. Oui; mais tâches de t’expliquer le plus poliment que tu pourras, et cours vite, car il sera occupé toute la matinée.

coLAs. Je dirai com’tu m'as dit, et j’y cours tout d’suite ; mais où te trouverai-je ?

COLINETTE. Je vais t’attendre là-bas dans le jardin, mais ne vas pas faire comme ce matin.

COLAS. N'y a pas d’risque ; attends-moi, je s’rons bientôt r'venu.

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