‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 3)Chapitre 135 sur 212 · À A. N. MORIN, ECUYER · texte numérisé non relu

À A. N. MORIN, ECUYER

Tu viens de la riche Angleterre, Eh! bien, frère, le ciel là bas Est-il descendu sur la terre ?

Ou bien l'homme y dit-il: hélas!

En approchant le grand fantôme Au lointain prestige emprunté, Comment s’efface chaque atôme Du mirage de liberté ?

Fantôme accoudé sur sa banque, Son bras domine l'Océan,

Mais ce long cri: le pain nous manque !

Est-il le bruit sourd d’un volcan ?

Non, ce grand peuple qui mendie, L'espoir même l’a déserté,

Non, son âme s’est engourdie

Tandis qu'il criait: liberté !

Le fier dominateur des ondes Penche-t-il un front sourcilleux Vers les nations moribondes Qu'’écrase son sceptre orgueilleux ?

Eh! croit-il qu’un peuple succombe,

Quand, noble, il jure avec fierté D'entrer dans la nuit de la tombe,

Ou de ravir sa liberté ?

Mais Erin, Erin qui soupire,

Et qui gémit tant dans ses fers, Erin contre qui tout conspire,

Et qui n’a plus que des hivers:

Le pauvre Erin, il n'a point d'armes Pour servir son bras irrité P....

Il n’a plus, hélas! que ses larmes Et son cœur pour la liberté.

Toi, dont l'âme est libre et si tendre, Combien il devait se serrer

Ton cœur, quand tu pouvais entendre Presque Erin gémir et pleurer!

Quand tu voyais la main meurtrie

De ce grand corps ensanglanté, Chercher encor pour la patrie,

Son Dieu, ses droits, sa liberté!

Oh! comme ton cœur devait battre, Quand tu vis le vaste atelier

Que les siècles devront abattre, Mais qui semble les défier!

Là, là se forgent tant de chaînes; Là, se perd tant de vérité ;

Là tombent tant d'espoir, de haïnes Et tant de cris de: liberté!

Quand ta main soulevant le voile, Dénouait le nœud gordien,

Nous, nous fixâmes notre étoile, L'astre du peuple Canadien :

Et l’ange à figure connue,

Par deux grands aigles supporté, Planait au-dessus de la nue

Pour nous montrer la liberté...

J. E. Tuncorre (:).

(2) M. Turcotte actuellement du barreau des Trois Rivières, a été député par le comté de Champlain, en 1841, à l’Assemblée Législative. Il a successivement rempli les charges de Traducteur des Lois, de Secrétaire de la Commission chargée de faire une enquête sur la tenure seigneuriale, et de Solliciteur-Général. On l’a privé de ce dernier emploi, lors de la formation du second ministère Lafontaine-Baldwin,

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