DÉMOCRITE
Rions de tout, c’est mon principe ; Rions des biens et du malheur; Le philosophe n'anticipe
De l'avenir que du bonheur.
Admirez ma philosophie, Suivez-la, vous serez heureux :
Allons, amis! que chacun rie, Rions d’abord des ennuyeux.
Je ris aussi du politique Caméléon, mais à deux pieds, Qui sert un jour la république, Demain aux rois sert de trépieds ; De l'auteur qui se croit Voltaire, Le croque-note un Rossini,
De l'hypocrite atrabilaire,
Riez! maïs je n'ai pas fini.
Je ris de femme qui clabaude
Sur la nièce du voisin ;
De vieille fille qui minaude ;
De l’usurier comptant son gain.
Voyez, ce mari débonnaire
Se croit plus fin que sa moitié, Veut que lui seul sache lui plaire.
J'en ris un peu, mais de pitié.
Je ris de la jeune fillette Qui vous dit bien innocemment, (Quoiqu'à sa deuxième amourette :) “ J'ai toujours eu peur d'un amant.” Je souris quand je vois la prude,
Se révolter à des bons mots; Je ris du savant dont l'étude Est d'en imposer aux plus sots.
Je ris de cette comédie Où chacun de nous est acteur;
Car ce monde est une folie,
Dont les morts sont les spectateurs.
Amis! je crois que dans ma bière, Je rirai de vous bien souvent ;
= Riez avant que la poussière Aït recouvert un bon vivant.
Beautés, dont j'adore les charmes, Comment, hélas! rire de vous ?
Vos commandements ou vos larmes Des hommes font autant de fous.
D'ailleurs, je vois un doux sourire, Toujours accueillir un flatteur ; Ayez donc pitié de la lyre Du plus sincère admirateur.