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Cependa à Warsaw le coursier des barbares,
En paix, foule les champs où dorment nos aïeux, Et l'air répond aux lugubres fanfares
Que le Cosaque altier exhale dans ces lieux.
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Pleure, à Pologne abandonnée!
L'espoir a déserté ton cœur, Et la cruelle destinée
Comble ta coupe de douleur.
Mais la nuit de son aile immense A tes yeux dérobe le jour.
Paix, ta voix trouble le silence Et le Baskir veille à la tour.
Crains de rallumer sa colère,
Les pleurs blessent l'œil du tyran; Il haït le cri de la misère Qu'arrache un joug intolérant.
xn proie aux étrangers perfides, Gémissent tes fières cités.
Vois briller dans leurs mains avides Les fruits de tes champs dévastés.
Pleure, à Pologne abandonnée!
L'espoir a déserté ton cœur, Et la cruelle destinée
Comble ta coupe de douleur.
Le Sarmate chantait, ainsi, dans son délire,
L'hymne de la douleur résonnait sur sa lyre.
De ses tristes pensers, en vain, troublant le cours,
Les maux de son pays le poursuivaient toujours.
Ah! si l’astre des cieux, des portes de l’aurore,
Revoyait au château, sur les lambris qu'il dore,
Ces armes autrefois fatales au tyran,
Que mes aïeux beignaïent dans le sang ottoman,
J'y trouverais écrit par la main d'un autre age:
Tout pour notre patrie et mort à l'esclavage.
Mais l'orage a détruit ces restes glorieux,
Sous Praga s'est brisé le fer de nos aïeux.
Hélas! ce jour fatal vit tomber ma patrie!
A peine arrache-t-elle une larme attendrie
Au Polonais courbé sous le poids de ses fers;
Comme au mourant pour lui ce nom n’est plus qu'un songe
Qu'un espoir mensonger alimente et prolonge, Semblable au mirage des déserts.
Mais quel chant glorieux vient frapper mon oreille?
Ah non! mon cœur s’est trop nourri d'illusions.
Cependant, je la vois, la Pologne s’éveille, J'entends partout retentir les clairons.
L'ange terrestre a dit: Warsaw, brise ta chaîne. Devant nos fers vengeurs s’est enfui le tyran;
Et les débris de son sceptre insolent Surnagent dans le sang des guerriers de l'Ukraine.
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Il règne encor notre drapeau:
Sorti glorieux de l'orage, Sois nous dans ce jour le plus beau, L'arc-en-ciel qui brille au nuage.
Mille ans ont consacré ta gloire et tes exploits; Tu fus des ennemis le signe d’épouvante,
Et Sobieski, te suivant autrefois, Renversa le croissant sur la plaine sanglante.
Vieux héros de Praga, lève-toi du cercueil,
L'aigle de la Pologne anime ta poussière.
Dans les murs de Warsaw regarde avec orgueil
Tes enfants couronnés poursuivre ta carrière, Et sur vos glorieuses tours
Faire parler encor vos magiques tambours.
Chante, ô toi Pologne immortelle!
Ce jour de gloire et de splendeur ; Jamais une palme plus belle Brilla dans la main du vainqueur.
En vain, une ombre passagère Couvrit ton front majestueux, Des tyrans le règne éphemère Ne fut qu'un rêve soucieux
Mais silence... un bruit sourd groude dans le loïutain… Oui, c’est le flot qui mugit sur la rive.
O barde, tu frémis; pourquoi tremble ta main Sur la corde plaintive?
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Quel phantôme, dit-il, vient de paraître au nord? Un nuage enflammé reflette au loin sa lance,
Et l'ourse en rugissant voit ses étoiles d'or Verser des flots de sang sur l’impyrée immense.
Aux armes, Polonais! sur les hortes du Czar;
Mais leur nombre est égal aux feuilles des montagnes. Braves lanciers, déployez l'étendard,
Ma lyre vous suivra pour chanter vos campagnes!
Ostrolenka!.… dit le Baskir, Soudain s’avanca le barbare.
Guerrets, son sang sut vous nourrir.
Le ciel en fut-il moins avare?
Pour nous ce jour fut glorieux; Mais que nous couta sa victoire !
L'élite de fils courageux, Pologne, a trop payé ta gloire.
Comme les vagues de la mer Se précipitent sur la rive, L'ennemi brandissant son fer Inonde l'arène plaintive.
Oui, seul le nombre t’accabla, Sarmate, fils de la vaillance, En vain, ton rourage ébranla Le Moscovite et sa puissance,
Sur Warsaw le vainqueur jette un œil irrité.
Dans ses derniers remparts combat la liberté.
O liberté chérie, astre de la lumière,
Verra-t-on le tyran dans son humeur altière
De ton auguste autel disperser les débris?
L'implacable destin est-il sourd à tes cris?
Mais hélas, c'en est fait, l’Europe t’abandonne ;
Des barbares du nord la voix d’airain résonne.
Warsaw, fière Warsaw! victime offerte aux Cieux,
Tu portas au bucher un nom pur, glorieux :
Le sang de Sawiski consacra ta poussière.
Dormez, restes sacrés, dans la nuit des tombeaux.
Il vaut mieux succomber, succomber en héros,
Que de vivre pour voir sous les pieds des chevaux Profaner le sein de sa mère.
Barde, élèvé encore tes chants; Que l’autan gronde sur ta lyre; Emprunte les gémissements Des flots que l’orage déchire.
La foudre éclatte sur les monts, Le brouillard fuit devant l’orage, Dans l'air sifflent les aquilons Qui répondent à ton langage.
Dieu serait-il sourd à ta voix?
Reconnais ces signes terribles, La mort de son fils autrefois Troubla les éléments sensibles
Il brisa le joug de la mort, Il domina toute la terre; Oui, Pologne, espère encor,
Tu renaîtras un jour de ta poussière.
F. X. GARNEAU
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