‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 3)Chapitre 186 sur 212 · À L'HON. L. J. PAPINEAU · texte numérisé non relu

À L'HON. L. J. PAPINEAU

Pourquoi te prodiguer l’outrage ?

Pourquoi cette impuissante rage, Ces mots de traître, d'imposteur, Vomis par l'esclave cohorte, Quand d’un peuple la voix si forte Te proclame libérateur?

C'est que sur le globe où nous sommes, Dieu nous a dit: vous serez hommes.

C’est que la terre ne produit

Qu'en dénaturant la semence,

Le grain qui renferme l'essence

D'où germe et naît le nouveau fruit.

C’est que la noire calomnie S'acharne toujours au génie:

Colomb, de chaînes accablé, Le grand Colomb fut sa victime!

Eh! quel était donc son grand crime ?

Par lui le monde avait doublé!

De leur joug ta main nous délivre, Et nous avons comme au grand livre, Nos docteurs de l’ancienne loi;

Dans leur tendre sollicitude

Et pour sauver la multitude,

Criant : ZT veut se faire roi!

A nos frères qui t’abandonnent, Quand tes prodiges les étonnent :

Qui près de recevoir encor

La Table à ta vertu commise, Et près de la terre promise Vont sacrifier au Veau-d'or....…

Sortant de l’immortelle enceinte, L'homme aussi de la tribu sainte, D'un zèle trompeur enflammé,

® Et saisissant l'ignoble pierre Est venu crier sur la terre :

Anathème! ZI a blasphémé !

Mais l'homme que la vertu guide A son propre cœur pour égide ; Son glaive c’est la vérité.

Quand il combat pour la patrie, Il n'entend que la voix qui crie :

La liberté ! la liberté !

Et qu’importent ces mots de traître, D'homme rébelle au meilleur maître, Et l'écho de ces vieux refrains ?

Il a pour lui ce grand tonnerre

Qui vient de réveiller la terre :

Peuples, vous êtes souverains.

T'andis qu’une bouche insensée Prodigue à l’idole encensée La vieille myrrhe des Loyaux; Qui n'entend pas ce long murmure, Cet autre cri de la nature:

Hommes, vous êtes tuus égaux ?

Quand leurs remparts tombent en poudre, Sous ta raison qui frappe en foudre,

Ils s'envoloppent du mot: Roi;

Faible voile qui se déchire

Au premier souffle qui vient dire :

Un peuple est le maître de soi.

Un peuple d’un autre le maître !

L'homme ne fait-il que de naître ?

Les yeux se ferment-ils au jour ?

Quoi ! ses plus chères destinées En d’autres mains abandonnées, Seraient détruites par un tour !

Quoi! la force toute brutale Au plus faible toujours fatale

Chez des hommes ferait le rang !

Non, non: la coupe est trop amère ; Et puis, il faut à la chimère

Trop de soupirs et trop de sang...

Ah! l'insensé qui pourrait croire A ces droits d'armes, de victoire,

Aux chaînes d'un peuple conquis ; Refuserait-il de comprendre

Que les armes peuvent reprendre Des droits par les armes acquis ?.....

Plongé dans d'épaisses ténèbres, Comme sous des voiles funèbres, Le monde engourdi reposait ;

Et l’Hydre qui vit de ces ombres, A l’abri de ces voiles sombres, L'Hydre infernal grandissait :

Et les têtes de ce vampire, Tour-à-tour s’arrachant l'empire, Dictèrent la loi du plus fort ;

Et le sang versé comme l'onde, Avait dessiné sur le monde, L’horrible image de la mort.

Les tyrans! ils peuvent nous vendre, Mais leur mémoire va descendre

Dans l’obscure nuit des tombeaux, Rapide comme un roc qui tombe.

Toi, tu flotteras sur la tombe,

Comme un grand phare sur les eaux...

Sur toi leur haine s’est levée,

Et ta lèvre s’est abreuvée

De leur vinaigre et de leur fiel; Mais l'aigle qui fuit la poussière, L’aigle qui fixe la lumière, L'aigle !... C'est le voisin du ciel.

J. E. Turcorrs.

PLIS ESS SSI D

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