‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 3)Chapitre 201 sur 212 · LE JOUR DE L’AN · texte numérisé non relu

LE JOUR DE L’AN

(CHANSON

Air: Le p'tit bon homme vit encore.

Le vieux Saturne qui toujours

Vole sur nous à tire-d'aile,

A vide de moisson nouville,

D'un an vient abréger nos jours...

Loin d'en avoir de la tristesse.

Ramassons avec allégresse

Les fleurs qu'il nous jette en passant :

Chantous, chantons le jour de l'an. (ter. )

De tous les jours c'est le plus beau.

C’est la fête de tout le monde ; Partout on le chôme à la ronde, Dans la cité, dans le hameau.

Il fait folâtrer la jeunesse,

I fait trembler la vieillesse

Qui s'applaudit en chancelant,

De voir encor le jour de l'an.

C'est le jour chéri des enfants,

Il leur prodigue les caresses

Fait pleuvoir sur eux les largesses Et des papas et des mamans!

Toute la nuit, comme Pérette, Chacun calcule la recette

Et des bonbons et de l'argent Que rapporte le jour de l'an.

Qui rend les époux plus amis, Pères, mères moins inflexibles, Pédagogues bien moins terribles, Garçons, fillettes plus soumis ?

Qui rend les maîtres plus affables ?

Valets, portiers moins intraitables ?

Le créancier moins exigeant ?

C'est le retour du jour de l'an.

Mais nous n'aurions jamais fini Si nous disions toutes les choses, Les étranges métamorphoses Que le premier de l'an produit...

Sitôt qu'en a brillé l'aurore,

Un nouveau monde semble éclore, L'âge d'or nous luit un instant Pour embellir le jour de l'an.

C'est peu pour fêter ce beau jour, Qu'on se visite, qu’on s’embrasse, Que l'amitié, l'amour remplace Haine, rancune tour-à-tour ;

En bienveillance l’on s'épuise, Chacun en prodigue à sa guise,

Les souhaits vont sur vous pleuvant, Ah! qu'il est beau Le jour de l'an!

Si tous ces vœux s’accomplissaient, Le temps pour nous n'aurait plus d'ailes, Les Parques seraient moins cruelles, Leurs ciseaux leur échapperaient.…..

La terre métamorphosée

Deviendrait un autre Elysée

Nous y vivrions comme Adam,

Dans un éternel jour de l'an.

Mais depuis tantôt six mille ans, Que cette bénigue rosée

Va sur nous tombant, chaque année, Nos jours en sont-ils plus riants ?

Le malheur toujours nous talonne, Le trépas toujours nous moissonne, Le bonheur nous fuit, en riant

De tous ces vœux du jour de l'an.

Mais qu'importe, nous direz-vous, Que tous ces souhaits s’accomplissent, Que les immortels nous bénissent, Que leurs foudres dorment sur nous ?

Feintes caresses, doux langage,

Force souhaits... Voilà l'usage !

Autant en emporte le vent, C'est le motto du jour de l'an.

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