‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 3)Chapitre 21 sur 212 · M. DOLMONT, LE BAILLI, COLAS · texte numérisé non relu

M. DOLMONT, LE BAILLI, COLAS

COLAS, (faisant des révérences). Monsieur, j'ons pris l'honneur de vous troubler pour...

LE BAILLI. J'ai parlé pour toi à monsieur Dolmont.

COLAS. Grand merci, monsieur l’Bailli.

LE BAILLI, (bas à Colas). Tu vois que je ne t'ai pas oublié.

coLAs. Monsieur, m’accordons t’y la grâce.…?

M. DOLMONT. Mon ami, ceci n’est point une grâce; je me prête seulement à ton inclination et à ton goût.

COLAS. Ah! pour c’qu’est d’ça, monsieur, j'vous assure que c’est ben mon goût et mon inclination.

M. DOLMONT. C’est une preuve que tu as du courage.

LE BAILLI. Du courage ! Oh cela ne lui manque pes

coLAS. Non, non, quand il faudra travailler...

M. DOLMONT. Sa taille est assez convenable; mais rempliras-tu bien tous les devoirs de l’état où tu vas entrer ?

COLAS, (souriant). À moi l’soin, monsieur.

M. DOLMONT. Tu as besoin d’une bonne santé.

LE BALILI. Il est très bien portant.

COLAS. Je n’suis jamais malade.

M. DOLMONT. Il faut de la vigueur.

LE BAILLI. Il en est plein.

COLAS. J’en avons, monsieur.

M. DOLMONT. Pouvoir résister à la fatigue du jour.

LE BAILLI. Il y est accoutumé.

COLAS. J'y sommes accoutumé.

M. DOLMONT. Oui, mais à celle de la nuit ?

COLAR, (un peu interdit). Si nn trop la nuit, j'nous r’poserons le jour.

M. DOLMONT. Oh! mon ami, cela ne s'arrange pas de même, et l’on a souvent de repos ni le jour ni la nuit.

LE BAILLI. Il est jeune, il résistera à toutes ces fatigueslà.

COLAS, (riant). Oui, oui, ça nous regarde.

M. DOLMONT. Allons, tu me parais avoir un goût décidé pour cet état-là. Nous allons de suite procéder à ton affaire. Ecrivez, M. le Baïlli, la formule est prête, il n’y a plus que le nom à mettre.

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t décidé affaire.

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LE BAILLI, (s'arrangeant pour écrire). Volontiers. coLAs. Quoi! tout-à-l'heure ? Ah que j'suis content ! M. DOLMONT. Comment t’appelles-tu ?

coas. Colas le Franc, monsieur, pour vous servir.

LE BAILLI, (écrivant). Colas le Franc.

M. DOLMONT. Le nom de ton père ?

coLAs. Eustache le Franc, et ma mère Thérèse Robert, ils étions tous de la paroïsse ; oh! les bons parens que c'étaient! Et s'ils n’étions pas morts, qu’il y aurait longtems que.

LE BAILLI. Il ne s’agit point de cela.

M. DOLMONT. Ton âge ?

cOLAS. Vingt-deux ans.

LE BAILLI, (écrivant). Agé de vingt-deux ans.

M. DOLMONT, (prenant le papier des mains du Bailli). Voyons cela.

COLAS, (bas au Bailli). Faut-t’y pas que l’nom d’Colinette soyons sur l’contrat ?

LE BAILLI. Il n’est pas nécessaire.

COLAS, (bas). Mais faudrait-t’y pas du moins qu’elle fût présente ?

LE BAILLI. Tais toi. N’interromps pas monsieur.

M. DOLMONT, (lisant haut). Le nommé Colas le Franc. de la paroisse Dolmont, âgé de vingt-deux ans, {bas) br. br. br. br. br. br. /haut) volontairement et de plein gré, {bas) br. br. br. br. br. br. [haut) cela suffit ; sais-tu signer?

COLAS. Oui, monsieur, j’faisons ben la croix.

M. DOLMONT, (lui donnant le papier). Fais-la ici... Voilà qui est fini, mon ami, tu n’as qu’à préparer tes hardes et te tenir prêt pour demain.

COLAS. Oui, monsieur, tant matin qu'il vous plaira.

M. DOLMONT, (tvrant une cocarde de sa poche). Tiens, mets ceci à ton chapeau.

COLAS. Grand merci, monsieur ; oh ! le beau ruban !

LE BAILLI, (lui ôtant son chapeau). Donne, que je t'ar-

range cela.

COLAS. Nanni, vraiment, j’craindrais de Psalir; ce sera pour demain.

M, DOLMONT. Oh ! tu peux le mettre dès à présent ; mais : ne manque pas ce soir de venir chercher ton fusil. “ coLAs. Un fusil ? è LE BAILLI, Oui, c’est un fusil que monsieur te donne. COLAS. Aussi ?

M. DOLMONT. Un fusil et un havresac.

COLAS. Un havresac ! et pour quoi faire ?

M. DOLMONT. Comment, pour quoi faire ? Un havresac et une giberne, ce sont des meubles dont tu as besoin. COLAS, (à part). Ah! pour la chasse peut-être. M. DOLMONT. Ne manque pas même de prerdre ta giberne dès le matin.

COLA#, (à part). Une giberne pour me marier ! SCÈNE IX.

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