‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 3)Chapitre 3 sur 212 · V1 INTRODUCTION · texte numérisé non relu

V1 INTRODUCTION

Les journaux, en se multipliant, ont fait multiplier les lecteurs et les écrivains. Mais pendant longtemps, bien longtemps, les écrivains se sont renfermés dans des discussions souvent oiseuses et rarement instructives. Ceux qui ont eu la hardiesse de sortir les premiers de ces ennuyeuses discussions, pour s’essayer dans des compositions purement littéraires, soit en prose, soit en vers, furent en butte à des critiques acerbes, ironiques, jalouses, et à des reproches plus modérés et trop souvent mérités.

De tous ces tâtonnements, de toutes ces discussions, de tous ces essais, est néanmoins sorti le germe d’une littérature nationale. Mais la politique, en s'emparant de tous les esprits et des meilleurs talents, a malheureusement enlacé notre jeune littérature dans ses fils. Les essais poétiques, surtout, ont trop longtemps eu pour sujet des pensées politiques, et pour but des attaques contre les hommes qui gouvernaient le Canada, et tyrannisaient les Canadiens-français.

Toutefois, avant 1820, époque où la littérature a commencé à prendre un caractère solide, plus défini, plus national, des hommes sérieux et instruits ont traité de l’histoire, des sciences, de l'instruction publique, et plusieurs voyageurs nous ont laissé des récits, quelques foistrès intéressants, de leurs voyages.

La littérature canadienne s’affranchit lentement, il faut bien le dire, de tous ses langes de l'enfance. Elle laisse la voie de limitation pour s’individualiser, se nationaliser; elle s’avance, en chancelant encore, il est vrai, vers des régions nouvelles; devant elle s'ouvre un horizon et plus grand, et plus neuf: elle

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commence à voir et à croire qu'elle pourra s'implanter sur le sol d'Amérique comme une digne bouture de cette littérature française qui domine et éclaire le monde, le guide ou le soulève, le fait rire ou trembler, le lance en même temps contre les rois et les préjugés sociaux, et le mène à la recherche de la vérité par des chemins inconnus jusqu’à nos jours, en jetant cependant l’effroi dans l’âme d’un grand nombre de penseurs contemporains.

Les sociétés littéraires existantes; les travaux des hommes généreux et dévoués qui prononcent des discours aux séances publiques de ces sociétés; les penchants, les études et les essais des jeunes gens, tout nous fait voir que la littérature nationale entre dans une ère nouvelle: ère de progrès et de perfectionnement.

Le lecteur se réjouira, comme nous, en arrivant à l'époque actuelle, de voir combien la littérature canadienne s'émancipe du joug étranger; de voir combien les écrivains, mûris par l’âge et par l'étude, diffèrent en force, en vigueur, en originalité, des premiers écrivains canadiens; de les voir s'élever au-dessus des frivolités et des passions politiques, pour aller à la recherche de tout ce qui peut être vraiment utile au peuple, de tout ce qui peut consolider et faire briiler notre nationalité.

À part quelques volumes et quelques pamphlets, tous les essais des écrivains canadiens se trouvent enfouis dans les énormes volumes des journaux périodiques. Jetés sur des feuilles politiques comme quelques fleurs dans un gouffre, ils ont disparu pour toujours, si une main amie ne les retire de l'oubli

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pour les faire revivre sous une forme plus légère, plus gracieuse ct plus utile.

Nous pensons qu’outre le mérite de retirer de l'oubli, comme nous venons de le dire, des écrits d'un grand mérite sous le rapport littéraire et sous le rapport national, ce Répertoire aura aussi l'effet d'engager un bon nombre d'écrivains éminents à reprendre leurs travaux littéraires, et tous les jeunes gens à travailler avec énergie à éclipser leurs devanciers. Car nous le tenons pour certain, ce qui jette le dégoût dans l’âme des écrivains canadiens, c’est de voir le fruit de leurs études et de leurs travaux passer, avec les journaux périodiques, dans un oubli éternel. Mais lorsqu'ils auront l'espoir d’être tirés un jour de ce triste oubli et de trouver place dans le Répertoire National, qui pourra être continué d’époques en époques par les amis de leur pays, ils travailleront davantage et mieux.

Quant à nous, si, par nos recherches, nous pouvons ajouter un nouveau fleuron à la couronne nationale, nous serons amplement recompensé de nos veilles et de notre labeur.

J. HUSTON.

Le lecteur trouvera à la fin du dernier volume un index des ouvrages qui ont été publiés en volumes, et une liste de tous les journaux français qui ont êté aussi publiés jusqu’à ce jour, avec les noms des auteurs, rédacteurs et propriétaires.

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