AIR
Dans not petit ménage, S'il survient queuqu'orage, Ca n’peut durer longtems ; Et malgré la misère,
Va, j'aurons bien, ma chère, Encor de bons petits moments.
Ni l'or ni la richesse
Ne valons la tendresse,
Ca n'peut rendre contents.
Même dans la misère,
Il est encore, ma chère
Souvent de bons petits moments.
COLINETTE. Je l'espère, mais après tout, j'en courrai les risques avec toi.
COLAS. Comme je vas encore plus t'aimer après tout ça ! et que j’aurai de plaisir À nous venger de c’eoquin d’Bailli.
COLINETTE. J'en aurai bien autant que toi; mais voilà que déjà le soleil est couché, c’est l'heure du rendez-vous
qu'il m'a donné, et il ne doit pas tarder.
COLAS. Comment, morguenne! c’est-t'y pas lui qu’on voit 1à-bas ! regarde.
COLINETTE. Où cela ?
COLAS. Là-bas, au fond de l'avenue. C’est ben lui que j'vois. Oh! comme le cœur me bat de plaisir.
COLINETTE. Oui, c’est lui-même ; allons vite nous cacher sous ces arbres touffus, et souviens-toi bien de ce que je l'ai dit.
CoLAS. Bon, bon, donne-moi la main, tu n’as qu’à me laisser faire. (1! prend la main de Colinette, et ils courent se cacher à l’un des bouts du théâtre.)