‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 3)Chapitre 66 sur 212 · ESSAI ANALYTIQUE SUR LE PARADIS PERDU DE MILTON · texte numérisé non relu

ESSAI ANALYTIQUE SUR LE PARADIS PERDU DE MILTON

Di quibus imperium est animarum, umbræque silentes, Et Chaos et Phlegeton, loca nocte silentia latè, Sit mihi fas audita loqui..............,.....,,,,..,.,

C’est avec raison que l’on considère MILToN comme un des plus grands génies qui aient jamais existé. Il est sans contredit le prince des poètes anglais; et sa supériorité s'étend même sur la plupart de ceux qui ont excellé dans la poésie. Quoiqu’inférieur à HoMèRE et à VIRGILE dans la totalité du poème, néanmoins il les surpasse dans quelques parties. Le sujet qu’a choisi Milton prête à un merveilleux plus sublime que celui de la fable ; cependant cette sublimité même le mettait dans l'impossibilité d'inventer les événements d’une manière qui répondît exactement aux opinions reçues sur ce sujet. S’il eût gardé toute l'exactitude de la révélation, il aurait été indubitalement exposé à ne

présenter au lecteur que des nœuds sans intérêt. En assimilant trop les idées divines aux idées humaines, il tombe nécessairement en contradiction avec nos propres idées. En effet, ne semblerait-il pas ridicule, au premier coup d'œil, de faire manger, boire et digérer des êtres célestes, esprits par essence ; de faire camper l’armée de Dieu en face de celle des démons ; de supposer des fortifications aux cieux, etc., etce...Tout ceci a je ne sais quoi d’extravagant qui répugne, et qui serait insupportable, si tout autre que le divin Milton eût tenté d’en faire usage.

[Il paraîtra peut-être singulier qu’un essai sur un tel sujet soit présenté aux yeux de public par des personnes qui pourraient dire avec raison, ce que disait à LAHARPE le jeune Luce de LancivaLz: ‘ Maître, pardonnez à la témé- “ rité d’un jeune athlète, qui, pour s'exercer au combat, ‘€ se sert des armes d’Hercule, dont le poids seul lui permet “ de s’avancer dans l’arène.” Si nous n'avons pas fait de remarques sur la totalité de chaque livre, ce n’a été que par défiance de nos propres forces, et la considération de l’espace immense qu'il y a de Milton à nous. Nous ne nous sommes attachés qu'aux traits les plus saillants, et sur lesquels nous avons pu prononcer un jugement en toute sûreté.

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