‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 3)Chapitre 7 sur 212 · POP AS · texte numérisé non relu

POP AS

ta nombreuse famille, sous l’ombrage d’un antique sycomore, et tu lui répéteras ce que je vais te raconter ; elle le redira dans la suite-à ses enfans, qui le transmettront d’âge en âge jusqu’à la fin des siècles ; afin que les hommes apprennent à respecter les décrets du Souverain Dispensateur des évènemens, et à ne jamais murmurer contre la Providence.

Dans les jardins délicieux d’un puissant de la terre, vivait un mortel chéri des Dieux, dont l’unique soin, dès son enfance, était d’arroser plusieurs fois le jour les tendres fleurs séchées par les ardeurs du soleil. Dans l’obscurité de sa condition, il était heureux, parce qu'il n’avait point les désirs qui dévorent le cœur des avides humains. Le bonheur qui fuit les lambris dorés, vient plus souvent habiter sous le chaume, et se plaît dans sa simplicité. C’est lui qui répand la sérénité sur le front du laboureur, tandis que le riche, au sein de ses trésors, n'offre dans ses regards pâles et livides qu’un objet rempli d'horreur. L’aurore voyait l’heureux Zelim commencer avec plaisir son travaii ordinaire, l’astre du jour au terme de sa carrière le laissait occupé à se préparer un repas frugal, jouissant d’un repos plein de charmes que les fatigues de la journée lui rendaient encore plus précieux. Son bonheur était parfait s’il eût été durable. Mais hélas ! comme la feuille que le moindre zZéphir agite, le cœur de l’homme éprouve de continuelles agitations. Tel est son triste sort, qu’il ne se croit jamais heureux: l'ambition vient le chercher jusque dans les retraites les plus écartées. Pourquoi, dit-il un jour, en jettant ses regards sur les vastes palais du Sultan, pourquoi le destin m'a-t-il si mal partagé que de me faire naître dans l’état misérable de jardinier ; aussi peu considéré sur la terre que l'atôme dans l’immensité de la nature ; tandis que d’autres dans Pabondance, les grandeurs et les richesses filent sans inquiétudes les jours les plus fortunés. Oui! le bonheur doit être plus grand sur le trône que dans une chaumière qui me défend à peine des injures des saisons. A peine cette funeste pensée se fûüt-elle emparée de son esprit que

son cœur ne fut plus qu'une mer d'illusions où la félicité vint s’engloutir et se perdre: il devint malheureux. Un soir qu’en plaignant son destin il se promenait à grands pas dans les allées à perte de vue, une force supérieure l’entraîna vers un bois de lauriers, dont le feuillage gardait pendant le jour des ardeurs du midi. De sourds gémissemens frappent son oreille; dans sa surprise il avance et il entend distinctement la voix d’un homme plongé dans les eaux de la douleur ; il reconnaît le Sultan qui se roulait dans la poussière en s’arrachant la barbe et se frappant la poitrine. Que mon sort est à plaindre, s’écriait-il, je possède des richesses immenses, mon nom fait trembler l’aurore et le couchant, et je suis le plus infortuné des mortels. J’apprends qu’un fils indigne, un fils dénaturé trame contre mes jours ; mes serviteurs que j’ai comblés de mes bienfaits me trahissent, et pour comble de malheurs, Fatima, ma bien-aimée, Fatima m'est infidèle ; la perfide, en souillant par un crime nouveau la pureté de mes amours, s’unit avec mes ennemis pour me plonger le poignard dans le sein. Ah! cruelle fortune, reprends tes dons empestés puisqu'ils portent avec eux tant d’amertume. Les sanglots lui coupèrent la parole ; il se tut. Zelim reste immobile; une foule de pensées s'offrent à son esprit; enfin la raison perce à travers les sombres nuages qui l’obscurcissaient. Les hauts pins, s’écrie-t-il, sont plus tôt frappés de la foudre que le faible roseau. L’aquilon insulte le sommet des montagnes et respecte l’humble vallée. Plus le mortel est élevé plus les coups que la fortune lui porte sont terribles. © vérité céleste ! tu seras désormais gravée dans mon cœur. En finissant ces paroles il se prosterna devant l'Eternel qui avait éclairé son entendement ; il l’adora dans sa grandeur, et le remercia de ne l’avoir fait naître que simple jardinier. Le CANADIEN.

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té În à 1788.

né | COLAS ET COLINETTE OU LE BAILLI DUPÉ. (1) na à 54 2 nt 4 COMÉDIE EN TROIS ACTES, ET EN PROSE, MÉLÉE D’ARIETTES. \p- : LES PAROLES ET LA MUSIQUE PAR M. JOSEPH QUESNEL. (?) nd :

de là ACTEURS.

M. DOLMONT, Seigneur de la paroisse.

ne. LE BAILLI du village.

des à COLINETTE, jeune paysanne élevée chez M. Dolmoni. le cOLAS, jeune paysan, amoureux de Colinette. nds L'EPINE, domestique de M. Dolmont.

TS ; his- ACTE PREMIER.

100 Le théâtre représente l'avenue du jardin de M. Dolmont. ime mis SOÈNE L.

elle sé COLINETTE (entrant par le fond du théâtre, avec une Ltée. poignée de fleurs à la main). Le Soleil est déjà bien haut et és Colas ne vient point! Il devait se rendre ici de grand lé 1 matin pour cueillir ensemble le bouquet que je veux préns . senter à M. Dolmont, dont c’est demain la fête... aurait-il ble : oublié ce matin ce qu’il désirait hier avec tant d’empresseat 4 ment ?.. Eh bien, en l’attendant faisons toujours le bouquet. les … "Elle s'assied à gauche du théâtre, pose les fleurs sur ses rité de genoux et travaille à faire un bouquet). En i je

; du (1) Cette pièce fut jouée pour la première fois à Montréal en 1790. qui ‘] (2) M. Joseph Quesnel est né à St, Malo, le 15 Novembre 1749, Il finit ses

ur, études à 19 ans, et destiné par sa famille à la profession de marin, il s’emior: barqua pour Pondicherry, séjourna à Madagascar, sur les côtes de la Guinée et au Sénégal et revint en sa patrie au bout de trois ans. Peu de

tems après il repartit de St. Malo pour visiter la Guiane Française, les Antilles et le Brésil En 1779 il prit le commandement d’un vaisseau destiné pour New-York et chargé de provisions et munitions do guerre. Etant à la hauteur du banc de Terreneuve, il fut pris par une frégate

ARIETTE

Cher protecteur de mon enfance, C'est pour toi seul qu'en ce bosquet, Ma main façonne ce bouquet, Que t'offre la reconnaissance ; Du sort éprouvant la rigueur, En naissant je perdis mon père ; Sans toi quel était mon malheur!

Mais tu me vis, je te fus chère, Et tu devins mon bienfaiteur.

Cher protecteur de mon enfance, C'est pour toi seul qu’en ce. bosquet, Ma main façonne ce bouquet, Que t'offre la reconnaissance.

Mais ce négligent de Colas, qui peut donc l’avoir arrêté! … Oh, je veux le quereller, le quereller...Pourtant je sais qu’iÿ m'aime et il n’ignore pas aussi mes sentiments pour lui. JE est si bon !...H est si franc, si sincère !... Une chose pourtant me déplait en lui, il est jaloux. C’est un défaut que je hais.

anglaise et conduit à Halifax, où ayant trouvé des amis il séjourna quelque tems, et se rendit à Québee muni d’une lettre de recommandation pour le Général Haldimand qui avait connu sa famille en France. M. Quesnet ayant résolu de s'établir permanemment en Canada obtint des lettres de naturalisation par l'entremise du même Général Haldimand alors Gouverneur de la Province de Québec. Il se maria à Montréal et fixa sa résidense à Boucherville, à son retour d’un voyage qu’il entreprit pour visiter et connaître. la vallée du Mississipi M. Quesnel était né poète et musicien; Molière, Boileau, et son violon, tels étaient ses compagnons de voyage. Il composait avec une grande facilité, et se plaignait souvent de cette disposition qui l’exposait à des incorrections presque inévitables, Outre des pièces fugitives et autres pièces diverses, M. Quesnel a laissé quatre ouvrages dramatiques dont il a fait la musique, savoir: Lucas et Cécile. opéra; Colas et Colinette, comédie-vaudeville, imprimée à Québec; l'Anglomanie, comédie en vers, non imprimée; et les Républicains Français, comédie en prose, imprimée à Paris. Aussi un petit traité sur l’art dramatique, éerit en 1805 pour une: société de jeunes amateurs canadiens de Québec.

Ses ouvrages en musique consistent en plusieurs symphonies à grand orchestre, des quatuors et duos, nombre de petits airs de chansons, ariettes, etc., et plusieurs motêts et autres morceaux de musique sacrée, composés pour l’Eglise Paroissiale de Montréalet quise trouventaurépertoirede l'orgue.

M. Quesnel est mort à Montréal le 3 Juillet 1809, à l’âge de 59 ans et quelques mois.

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s et dont je voudrais qu’il se pût corriger...je ne crois pas qu'on puisse être heureuse en ménage quand la jalousie vient en troubler la paix. Allons, il est temps bientôt d'aller présenter ce bouquet à M. Dolmont, car les miliciens

vont venir et en voilà pour toute lu matinée....Ah! Ah! j'entends quelqu'un! C’est sans doute Colas...Non, c’est M. le Bailli qui vient encore m’ennuyer de ses propos. Oh! que je voudrais qu’il fût loin d'ici !

ScÈèNE Il.

COLINETTE, LE BAILLI.

qu’i LE BAILLI. Hé bon jour, belle Colinette. JE COLINETTE. Bon jour, monsieur le Bailli.

tant LE BAILLI. Que fais-tu donc ici si matin ? hais COLINETTE, (se levant.) Vous le voyez ; je fais un bouquet. LE BAILLI. Sera-t-il pour moi ?

nd COLINETTE. Pour vous ?

an LE BAILLI. Oui. J'aimerais beaucoup un bouquet de ta es de jolie main. Il veut lui baiser la main.) eur ; COLINETTE. Finissez.

Ba d LE BAILLI. Dis-moi, seras-tu toujours aussi farouche ? bière, Fou COLINETTE. Aussi farouche ? Qu'est-ce que cela veut dire ? osait ! LE BAILLI. C’est que si tu voulais m’aimer, je saurais te sur h rendre fort heureuse; tu ne sais pas tout le bien que je poures À rais te faire.

tte. COLINETTE, (troniquement.) Je vous suis obligée de votre vers, il bienveillance.

ée à 1 LE BAILLI. C'est répondre assez mal à mon empressement ; ee tu n'ignores pas que je t'aime, et tu ne fais que rire de mon di amour.

ttes, COLINETTE, (riant.) Eh! que voulez-vous donc que je fasse ? Dose

LE BAILLI. Tu badines toujours, mais je te parle sérieusement moi; il ne tiendrait qu’à toi de devenir en peu ma petite femme.

COLINETTE. Votre petite femme ?

LE BAILLI. Oui, je te donnerais mon cœur et tout ce que je possède.

COLINETTE. Vous avez bien de la bonté.

LE BAILLI. Je me flatte que M. Dolmont n’y mettrait point d'obstacles.

COLINETTE. Vous vous flattez peut-être un peu légèrement.

LE BAILLI. Pourquoi ?

COLINETTE. Parce que M. Dolmont pourrait bien n’y pas consentir.

LE BAILLI. Il n’y consentirait pas?...Mais si tu y consentais toi ?

COLINETTE. Oh! pour cela, non, je vous assure.

LE BAILLI. Diantre! tu me parais bien décidée, est-ce que tu serais assez folle pour refuser la main d’un homme qui t’aimerait ?

COLINETTE. Je serais du moins assez sage pour ne pas accepter celle d'un homme que je n’aimerais pas.

LE BAILLI. C’est parler clairement, mais j’espère que tu deviendras moins insensible, et que tu pourras m’aimer quelque jour.

COLINETTE. Cela pourra venir.

LE BAILLI. Eh bien! tâche donc que cela vienne, et considère que je suis riche, et que ce n’est pas une chose à dédaigner.

COLINETTE, (à part.) Voici de quoi faire à Colas une histoire assez jolie.

LE BAILLI. Tu n’ignores pas, mon enfant, que l'argent dans le ménage.

COLINETTE, { l’interrompant.) Tenez, M. le Baïlli, je ne songe point à me marier; souffrez que je vous quitte, pour aller porter ce bouquet à M. Dolmont, avant l’arrivée des miliciens.

LE BAILLI. Eh! quoi, si pressée? reste donc encore un moment; les enrôlemens ne commencent pas si matin et nous pouvons causer encore. ,

COLINETTE. Je n’en ai pas le tems. Ælle s'enfuit.)

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