‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 3)Chapitre 9 sur 212 · COLAS, LE BAILLI · texte numérisé non relu

COLAS, LE BAILLI

coLas. Serviteur à M. le Bailli.

LE BAILLI. Ah! te voilà, maitre Colas, tu me parais bien gai ce matin.

COLAS. Pas beaucoup, M. le Bailli.

LE BAILLI. Comment ? il me semble qu’on n’est pas triste quand on chante.

coLAs. Je ne sis pourtant pas ben content, je vous assure. LE BAILLI. Qu’as-tu donc, es-tu malade ?

coLAS. Je m'porte assez ben, mais je n’mange ni n’dors, et pis par fois j'poussons des soupirs comme si m'étions arrivé quelque malheur.

LE BAILLI. Mais c'est être malade que de ne pouvoir manger ni dormir.

coLAs. C’est une maladie sans mal, je sentons seulement 1à dedans queque chose qui m’tarabuste furieusement, et je viens pour en parler à M. Dolmont.

LE BAILLI. À M. Dolmont ? est-ce qu'il est médecin ? coLAs. Non, c’est l’Seigneur du village.

LE BAILLI. Et bien! que peut-il faire à cela ? coLas. Ly! y pourrions d’un seul mot m'rendre gai comme un pinçon.

LE BAILLI, (à part.) Je crains bien d’avoir deviné. (haut) Sais-tu que je suis un peu devin, moi, et que je puis te dire d’où vient cette langueur! Voyons, montre-moi tes yeux.

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coLAs. Regardez.

LE BAILLI, (le regardant fixement.) C'est cela même. Eh bien! je connais à présent la cause de ton mal.

coLas. Vous badinez ?

LE BAILLI. Je te parle sérieusement.

coLas. Oui? Eh bien! comment appelez-vous ça? C’est ty dangereux ?

LE BAILLI. Non, c’est ce qu’on appelle la maladie de l'amour.

COLAS, (riant niaisement.) De l'amour. Hé à quoi diantre connaissez-vous Ça, VOUS ?

LE BAILLI, Je ne m'y trompe jamais, et je te dirai de plus le nom de celle que tu aimes.

coLAs. Oh ben, ça serait drôle, voyons, dites-le moi.

LE BAILLI. C’est Colinette.

coLas. Colinette ?

LE BAILLI. Oui, l’orpheline de M. Dolmont.

COLAS, (riant.) Mais, mais, vous êtes pire qu’un sorcier.

LE BAILLI, (à part.) Voilèmes soupçons confirmés. /kaut) Eh bien ! n’ai-je pas deviné ?

coLAS. Tenez, je n’voulions pas l’dire, mais morguenne v’zavez mis l’nez dessus drès l’premier coup. Est-ce que vous la connaissez ?

LE BAILLI. Comme ça, je l’ai vue quelquefois, chez M. Dolmont.

COLAS. Eh bien ! comment la trouvez-vous ?

LE BAILLI. Mais assez gentille.

coLAs. Dites plutôt, qu’elle est ben jolie.

LE BAILLI. Eh bien ! soit, jolie si tu veux. Y a-t-il longtems que tu la connais ?

COLAS. Pardine drès toute petite ; j’avons été élevés par ensemble ; sa mère et mon père étions amis et voisins; y s'étions ben promis d'nous marier un jour par ensemble, mais malheureusement, je les avons perdus tous deux.

LE BAILLI. Et c’est sans doute pour cela que tu veux parler à M. Dolmont?

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