LE NOUVEL AN
CHANSON
Air: Jeunes amants, cueillez des fleurs.
Par mille baisers fraternels, Le jour de l’an est remarquable ; Cette affection des mortels Est-elle fausse ou véritable ?..
Mais à quoi bon, sensés lecteurs, Nous donner cette inquiétude ; Il faudrait lire au fond des cœurs, Pour en avoir la certitude.
L'un vous souhaite la santé,
Et l’autre un très long cours de vie; Celui-ci la prospérité
D'aucun revers jamais suivie.
Pour nous, sans vouloir censurer Cette antique et charmante mode, Qu'on nous permette de tracer,
Et de suivre une autre méthode.
Dans ce jour célèbre à jamais, Malgré que l'un ou l'autre dise, Voici donc quels sont nos souhaits :
Nous souhaitons avec franchise, Aux magistrats, l'intégrité ;
Aux foux plaideurs, la patience ; Aux huissiers, de l'honnêteté,
Et aux notaires, la science,
Aux greffiers, plus d'humanité ;
Aux auteurs, plus de modestie ; Aux marchands, plus de vérité ; Aux prudes, moins d'afféterie ;
Aux ignorants, l'instruction ;
Aux gazetiers, moins de mensonges ; Aux savants, moins de prétention ; Aux lunatiques, moins de songes.
Aux grands, beaucoup moins de fierté ; Aux avocats, plus de franchise ;
Aux docteurs, plus d'aménité ;
Aux maris, moins de convoitise ;
Aux femmes, la fidélité ;
Aux jeunes filies, l'innocence ;
Aux vieilles, la tranquillité ;
Aux jeunes gens, la tempérance.
Aux débiteurs, un doux repos ; Aux créanciers, moins de rudesse, Aux libertins, le corps dispos ; Aux avares, plus de largesse ; £nfin, aux ruinistres de paix,
La tolérance, sans rancune.
Voilà quels sont tous nos souhaits, Ah! puissent-ils faire fortune !