‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 4)Chapitre 1 sur 81 · Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] · texte numérisé non relu

Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme]

L'INDUSTRIE CONSIDÉRÉE COMME MOYEN DE CONSERVER LA NATIONALITÉ CANADIENNE-FRANÇAISE.

MESSIEURS, —S$i j’ai bien compris le but de cet Institut, il est tout national. Il a été formé pour offrir, au sein de la nouvelle capitale, aux hommes actifs et intelligents de notre origine, un point de réunion, un foyer de lumières, un

| centre d'action, au profit de ce que, faute d’un autre mot, nous sommes convenus d'appeler notre nationalité, la nationalité canadienne-française.

Ce devra donc être un sujet intéressant pour vous, et partant propre à mériter votre indulgence sur la manière dont il sera traité, que de vous entretenir d’un moyen de raffermir et de conserver cette nationalité, qui nous est si chère et à juste titre, non seulement sous le rapport du sen-

“4 timent et de l'honneur, mais encore sous celui de l'intérêt de notre race.

Q@) Nous avons réuni, sans égard aux dates, les discours de M. Parent. Ils forment un ensemble que l’on ne saisirait pas aussi bien s'ils étaient placés suivant leur ordre chronologique.

Je sais qu’il y a malheureusement des hommes qui, soit par peur de la lutte que nous aurons à soutenir, soit pour n’avoir pas su apprécier les chances de salut qui nous restent encore, soit enfin parce que Ja marche à suivre répugne à leurs penchants ou prédilections politiques,—je sais, dis-je dans toute l’amertume de mon cœur, qu'il y en a qui ont perdu la foi dans la conservation de notre nationalité, et qui, comme ces romains d'autrefois, désespérant du salut de la patrie, se sont placés dans leurs chaises curules, et attendent stoïquement, je ne dirai pas avec indifférence, que l’ennemi victorieux vienne fouler aux pieds leurs dieux pénates et renverser les autels de la patrie. Ce n’est pas à eux que je m'adresse aujourd’hui, mais bien aux vrais et fermes croyants, qui, je le crois sincèrement, forment la grande masse de notre origine, Si je n'avais cette croyance, je me tairais, et je me bornerais à pleurer en silence sur la destruction d’une espérance, qui a fait ma joie dans les temps heureux, mon appui dans les temps de malheur, mon guide dans les temps difficiles et orageux. En effet, quels sacrifices, quel dévouement demander à des gens qui ne croient pas? Et l’on ne s'imagine pas, sans doute, que nous maintiendrons notre nationalité sans quelques efforts, sans quelques sacrifices, sans dévouement, surtout situés comme nous le sommes, environnés, étreints de toutes parts, impreignés même sur plusieurs points importants du dissolvant d’une nationalité étrangère.

Ici, messieurs, pour prévenir toute fausse interprétation de notre pensée, disons que nous ne nourrissons aucun sentiment de haine ou de jalousie contre cette nationalité étrangère, dans laquelle je ne comprends pas seulement la population anglo-saxonne du Canada, mais aussi celle des pays voisins qui, à mon avis, est encore plus menaçante que l’autre. Par le cours d’événements providentiels, les deux nationalités se sont trouvées jeiées dans ce quartier du globe ; et il est pareïllement dans l’ordre de la providence, dans la nature des choses humaines, que chacune

li, soit it pour restent ugne à , dis-je qui ont et qui, it de ]a tendent ’ennemi 1ates et 2ux que fermes grande e, je me r la des- >s temps on guide ls sacri-

croient s mainns quelme nous preignés t d’une

brétation s aucun tionalité ement la celle des enaçante tiels, les quartier a provichacune

fasse tout ce qui sera en elle pour se maintenir et s’étendre. Des deux côtés on aurait tort de s'en vouloir du mal; car de part et d’autre on est des instruments entre les mains de Dieu. C’est à chacun de faire ce que le devoir, l'honneur et son intérêt légitime lui commandent, toujours en respectant les règles sacrées de la morale publique ; de remplir du mieux qu'il pourra le rôle que le dramaturge suprême lui a donné dans le grand drame du monde, et d'attendre avec confiance, et en toute charité chrétienne envers les autres acteurs, le dénouement qui doit terminer la pièce, et dont la nature est le secret de l'avenir. Et s’il y en avait qui vissent dans l'attachement que nous avons pour notre nationalité de la désaffection pour notre mère-patrie, il nous serait facile de les convaincre par les faits du passé, par les symptômes du présent, comme par les présages de l'avenir, que la meilleure et la plus forte garantie de permanence qu'ait la souveraineté britannique sur cette partie du continent américain, gît dans la conservation de la nationalité canadiennefrançaise. Au reste, notre nationalité c'est notre propriété: en cherchant à la conserver, nous ne faisons qu’user de notre droit, d’un droit que nous tenons de l’auteur même de toutes choses. Aïinsi—Dieu et mon droit, et Honni soit qui mal y pense.

Maintenant, venons-en plus directement à notre sujet.

Les moyens de maintenir notre nationalité »euvent se diviser en trois classes : moyens religieux, moyens ‘olitiques, moyens sociaux. Religieux et politiques, en tant qu'ils sont mis en œuvre par les chefs religieux ou les chefs politiques, et tiennent à l’ordre religieux ou à l’ordre politique proprement dits, et sociaux en tant qu’ils sont l’œuvre des particuliers composant la société civile, et en dehors du mouvement politique ou de l’action religieuse.

Mon intention n’est pas de vous parler des moyens religieux ni des moyens politiques ; ma tâche serait trop longue et peut-être trop délicate. D'ailleurs, notre clergé en général a si bien compris sa position, il s’est montré si dévoué,

si national, il a tant fait déjà pour la cause commune, que

l'on peut être assuré qu’il ne reculera pas plus devant les exigences de l'avenir qu’il ne l’a fait devant celles du passé. On peut en dire autant de nos chefs politiques des différentes nuances ; le dévouement, les sacrifices, les efforts ne leur ont point manqué. Si quelques fois il a pu arriver qu’ils eussent pu, selon quelques-uns, faire mieux qu’ils n'ont fait, jamais on n’a pu, je crois, leur supposer avec droit de mauvaises intentions. Ils ont pu se tromper comme les plus grands politiques de tous les pays l'ont fait; mais leur réputation de bons patriotes ne doit pas en souffrir, Bornons-nous done à espérer qu’ils continueront, eux et ceux qui leur succèderont, leurs efforts et leur Gévouement pour la cause commune. Prions-les surtout de ne pas nous épargner les sacrifices d’amour-propre. Ce sont ceux dont nous avons le plus besoin peut-être de la part de tout le monde, dans notre position actuelle, et ce sont aussi ceux qui se font le plus difficilement. Et la raison en est bien simple : les hommes politiques sont toujours portés, et plus ils sont consciencieux dans leurs convictions, plus ils sont entraînés à s'identifier avec la cause publique, à confondre leur cause avec celle du pays. Il leur est alors très difficile de distinguer les sacrifices personnels, qu’ils feraient très volontiers, des sacrifices de principes politiques, qu’ils savent ne pouvoir point faire. L’histoire de tous les peuples est remplie d’exemples à l'appui de cette observation et des malheurs incalculables qu’ils ont produits.

Eh! messieurs, ce n’est qu’hier encore que l’on a vu rentrer en France tout ce qui lui reste des trésors et des flots de sang qu’elle versa, pendant vingt, ans sur les pas du plus grand politique comme du plus grand capitaine de notre temps... et c'était un peu de cendres et un cercueil: cendres et cercueil environnés de gloire, si vous voulez. Il en eût été bien autrement si cet homme prodige n’eûtt pas trop souvent pris les inspirations de sa propre gloire pour celles de la gloire et des intérêts de la France. Ainsi, dans

1e, que ant les 1 passé.

ss diffé Torts ne arriver x qu'ils ser avec r comme it; mais souffrir, eux ef ouement s nous 6lont nous e monde, x qui se simple :

ils sont entraînés Pur CAUSE de distinolontiers, ne pout remplie malheurs

’on à vu rs et des es pas du de notre : cendres Il en eût pas trop our celles nsi, dans

toutes nos courses périlleuses dans le domaine de la politique, que la pensée de notre nationalité soit toujours présente à notre esprit; qu’elle soit pour nous un moyen de salut, comme autrefois la vue du serpent d’airain pour les Hébreux ; ayons constamment l'œil fixé sur elle, de peur qu’au retour nous ne trouvions d'elle... pas même une tombe glorieuse à arroser de nos larmes.

Encore une fois, prions nos hommes publics, qu’ils soient au pouvoir ou qu'ils en soient dehors, de se tenir toujours prémunis contre cette illusion ; car si, comme quelqu’un l’a remarqué, il faut que nous ayons deux fois raison pour avoir justice, nous aurons toujours deux fois tort lorsqu'il nous arrivera de nous tromper.

Et voulons-nous ne nous tromper que le moins souvent possible, que l’idée de notre nationalité soit toujours notre phare, notre boussole, notre étoile polaire, au milieu des écueils dont est semée la mer orageuse de la politique. Soyons bien persuadés que ce qu’il y a de plus menacé, de menacé avant tout pour nous, ce n’est pas la liberté politique, qui est pour ainsi dire indigène à ce continent, mais bien notre nationalité. C’est donc de ce côté que doit principalement se tourner notre attention. Lorsque dans un mouvement, dans une démarche quelconque, il y aura clairement à gagner pour notre nationalité, ne nous inquiétons du reste que secondairement. Notre nationalité pour nous, c’est la maison; tout le reste n’est que l’accessoire, qui devra nécessairement suivre le principal. Soyons nationalement ou socialement forts et puissants, et nous le serons politiquement. Au contraire, si nous négligeons le soin de notre nationalité, les occasions de la raffermir, soyons bien sûrs que personne ne viendra nous tendre la main au moment du besoin ou du danger,

De cette vérité que nous n'avons rien à attendre du dehors, résulte pour nous la nécessité, le devoir d’éviter, autant que possible, Paigreur et l’animosité dans les discussions, lorsqu'il s’en élève au milieu de nous, je dirai même

Page 1