‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 4)Chapitre 51 sur 81 · FEUX-FOLLETS · texte numérisé non relu

FEUX-FOLLETS

Les feux-follets que le vulgaire nomme encore #-folets ne sont autre chose que des exhalaisons enflammées, à pâles couleurs et à formes indécises, que l’on voit le plus souvent dans les cimetières, dans les marais et partout où se trouvent des matières animales en décomposition.

Suivant le vulgaire, un feu-follet est un esprit malfaisant. Ceux qui en ont peur (et ils ne sont pas en petit nombre) prennent la fuite et se mettent à courir, en cherchant à devancer le mauvais esprit ! le vide d’air que ces gens font par derrière eux en courant ainsi, entraîne le feu-follet à leur suite, et, comme de raison, il va aussi vite qu’eux sans jamais

les atteindre. Courent-ils directement sur le feu-follet, alors celui-ci fuit à son tour devant eux; et c’est en courant toujours que nos peureux de coureurs tombent dans des fossés, ou s’engagent dans des marais ; de 1à la mauvaise intention de ces mauvais esprits. Le vulgaire débite làdessus maintes et maintes histoires. De misérables filous ont joné à cette occasion plus d’un tour à nos bonnes gens de la campagne, qui croient généralement que le feu-follet s’amuse volontiers avec le fer et l'acier, et que lorsqu'on veut s’en débarrasser, on n’a qu’à planter sur un piquet son couteau de poche ou sa hache. Le feu-follet va de suite danser autour de ces outils, et vous êtes en sûreté tout le long de votre route!

De misérables escroqueurs ont aïnsi commis de vrais larcins, et sur une grande échelle. Ils attendent le retour des gens des noces, qui d’ordinaire s'en reviennent tard chez eux. Nos filous fixent une boule de feu au bout d’une perche ; ils la font aller et revenir en zigzagant : voilà un feu-follet. Et vite, chacun de tirer de sa poche et de son gousset, canifs, couteaux, fourchettes, ete., les grand'mères tirent leurs aiguilles et leurs ciseaux, les filles n’hésitent pas de détacher leurs belles épinglettes, tout enfin est déposé sur la clôture, dans l’espérance bien sûre de retrouver le butin le lendemain au matin. Mais le feu-follet se plait tant avec ces bagatelles qu’il a jugé à propos de les emporter avec lui, pour en jouir plus longtemps !

Il est bien connu à présent que les feux-follets ne sont que des émanations de gaz hydrogène-phosphoreux ; ce gaz a la propriété de s’enflammer spontanément à l'air. Ces vapeurs enflammables sortent par fois des cimetières et prennent en entier la forme du cadavre dont elles émanent ; et de là, ces contes d’apothéoses, ces histoires de montée au ciel en corps et en âme de certains défunts sortis de la tombe, tandis que ces vapeurs peuvent tout aussi bien venir des cadavres des plus grands scélérats, morts en véritables damnés, que de ceux qui sont morts en prédestinés !

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A côté des feux-follets, on peut placer ce que les astronomes appellent aérolites, ou, suivant le vulgaire, pierres-àtonnerre. Les uns disent que ces pierres se forment dans les nues, et d’autres prétendent qu’elles ne sont que des éclats de planètes et très probablement des particules de la lune lancées par quelques explosions de volcans et qui auront pu rencontrer les dernières couches de notre atmosphère. Quoiqu'il en soit, les astronomes nous assurent que la vitesse de ces masses, en tombant sur la terre, est égale à cinq fois celle d’un boulet de 24.

Du temps de Socrate, il tomba une de ces pierres en Asie, du poids de deux meules de moulin et de sept pieds de longueur. Dans ces derniers temps, il en est tombé une autre au Brézil à peu près du même poids. Le voyageur Pallas a donné la description d’une masse de fer tombée en Sibérie et qui pesait mille quatre cent trente-six livres. M. de Humbolk en a observé une dans la Nouvelle Biscaye du poids de quarante mille huit cent quarante livres!

En 1768, l’académie française ne voulait pas croire à la chute d’une pierre tombée du ciel, en présence d’une foule de témoins, à Lucée, département de la Sarte, et du poids de sept livres. L’académie nomma une commission pour s’'enquérir du fait, et le célèbre Lavoisier était un des membres de cette commission.

On a, aussi, longtemps nié les pluies de crapauds ; mais qui de nous n’a pas été témoin de la chute de ces petits êtres ? Qui n’a pas vu nombre de ces crapauds dans les rues, immédiatement après un gros orage? J'en ai vu moi-même tomber à mes pieds.

On ne peut expliquer ce phénomène que par Paction aspirante des trombes. Une trombe est un tourbillon ou un nuage creu, qui descend en forme de colonne et enlève l’eau et tout ce qui se trouve sur la surface de la terre ou sur Îa mer. Ainsi les œufs et même les petits crapauds peuvent bien aussi être enlevés, pour ensuite retomber avec les

averses. D'après cette explication, rien de bien surprenant qu’on ait vu tomber du ciel des coëffes et des calines, des tuques et des chapeaux, des clous et des manches à balai.

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