Traitement des instituteurs réglé par la loi
Quand je parle de régler le traitement des instituteurs par la loi, j’entends seulement que la législature statuera, en termes généraux, qu’il n’y aura d’écoles subventionnées que celles qui assureront aux instituteurs une existence honorable, eu égard aux lieux et aux circonstances ; car c’est encore là un point qu’on ne peut régler que d’une manière générale dans une loi. Il est tel lieu où un père de famille peut vivre honorablement avec £40 ou £50 par an. Îlen est d’autres, où il faudrait une somme beaucoup plus forte. Tout ce que je veux, c’est que l’instituteur, en quelque lieu qu’il exerce sa profession, soit sur le pied d'égalité, pour le moins, avec la généralité des pères de famille dont il est chargé d’instruire les enfants. Je veux cela, rien de plus, mais rien de moins; car ce n’est qu’à
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cette condition que nous pourrons nous procurer de dignes instituteurs de la jeunesse.
C’est une vérité, je pense, qu’il suffit d’énoncer ; elle frappera, elle a déjà frappé tout le monde. Mais, dira-t-on, vous vous exposez à voir nombre d’instituteurs payés plus qu’ils ne valent, ou à voir fermer la plupart des écoles, car vous ne pourriez trouver un nombre suffisant d’instituteurs capables. A cela, je répondrai, d’abord, qu’on exagère beaucoup notre pénurie en fait d’hommes capables de faire de bons instituteurs, et disposés à embrasser la carrière de Penseignement ; ce sont moins les bons maîtres qui manquent, que les bonnes écoles. (1#1on men cite une seule offrant une rétribution approchant de celle que je demande, et à l’appel de laquelle il n’a pas été promptement répondu. Eh! quand il faudrait fermer la moitié, les trois quarts des écoles que nous avons aujourd’hui, je ne reculerais pas, ces écoles pour la plupart faisant, à mon avis, plus de mal que de bien à l'éducation. J'aimerais mieux, comme je l’ai déjà dit, une ou deux bonnes écoles par paroisse, que d’en avoir par dizaine de l'espèce de celles que nous avons aujourd’hui. Avec une seule bonne école vous pouvez, dans l’espace de quinze ans, jeter dans une paroisse des centaines de jeunes gens solidement instruits, qui feront sauter à tous les yeux les avantages de l'éducation, en état d’exploiter les ressources de l'endroit, de conduire ses affaires locales, d’y guider lopinion, et d’en renover le caractère social, ce que vous ne ferez jamais avec les misérables écoles du jour. Si, mieux inspirés, nous eussions, en 1841, passé une loi d'éducation sous laquelle il n’y aurait pu y avoir que de bonnes écoles, n’eût-on dépensé que Pallocation législative, me dira-t-on que l’on ne s’apercevrait pas déjà dans nos campagnes de l'opération de la loi? Dans l’état actuel des choses, où sont ses fruits? Qu’on me les montre, À peu d’exceptions près, ailleurs que dans une opposition populaire à l’éducation, poussée jusqu’au fanatisme en certains endroits. Cependant, outre les contribu-
tions locales, il est sorti de la caisse publique seule pour Péducation primaire, depuis 1841, au-delà de cent mille louis. Qu’avons-nous à présenter pour cette somme, avec laquelle seule nous aurions pu maintenir quatre à cinq cents bonnes écoles, qui, à l'heure qu’il est, à raison de trente élèves chacune seulement, seraient en état de verser au sein de la société, chaque année, douze à quinze mille jeunes gens avec une bonne et solide éducation? Ajoutez à cela les contributions locales, et vous aurez un chiffre beaucoup plus considérable. Sur ce pied-Ià il ne faudrait pas un temps bien long pour régénérer notre population. On n’instruirait pas tout le monde, il est vrai; mais en fait d'instruction populaire, on fait ce que l’on peut, mais on le fait bien.
Un jour viendra, je l'espère, où les citoyens et les gouvernements sentiront que leur premier devoir est de procurer le pain de l'intelligence aux générations croissantes, sans distinction, sans avantage ni prédilection pour aucune classe ; ce qui ne veut pas dire qu’il faut donner la même instruction à tous, mais seulement procurer à chacun celle qui lui conviendra le mieux, dans son intérêt comme dans celui de la société. Oui, je l’espère, les peuples, un jour, mettront leur orgueil à montrer non plus des édifices et des monuments de luxe, mais des générations entières de beaux enfants façonnés à devenir de bons, d’utiles, de grands citoyens. N’allez pas croire cependant que je dédaigne les beaux arts; au contraire, le beau, le bon, le grand sont frères, tous trois ont droit à nos hommages ; mais avant de façonner, de glorifier le bois, le marbre et Pairain, je dis qu’il faut façonner, glorifier l'intelligence humaine. Et cela, bien loin de nuire aux arts, ne fera que leur préparer un triomphe plus assuré, plus éclatant, en créant des peuples capables d'apprécier leurs œuvres. La verve, lémulation de vos artistes, au lieu de se refroidir à la parole glaciale de quelques Méeènes orgueilleux, iront se réchauffer, s’enflammer aux ardentes acclamations de tout un peuple. Voyez ce qu'étaient les arts dans l’ancienne Grèce, alors