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pyramides et les hiéroglyphes, aussi mystérieuses les unes que les autres. Vous savez qu’on a cru, jusqu’à présent, que les pyramides étaient des tombeaux que lorgueil des Pharaons destinait à leurs royales momies. Mais voici qu'un jeune savant français, M. Fialin de Persigny, a employé les loisirs l’une prison à démontrer, avec toute apparence de raison, que la principale destination de ces monts artificiels était d’opposer un rempart aux sables envahissants du désert. Champollion allait, dit-on, nous expliquer les hiéroglyphes, mais voilà que la mort, complice du génie mystérieux de l'Egypte, l’enlève au milieu de ses grands et utiles travaux.
Mais nous allons enfin sortir du mystérieux ; voici venir la Grèce, qui, confidente de l’Inde d’un côté, et de l'Egypte, sa mère en civilisation, de l’autre, va révéler enfin aux peuples la science et avec elle la liberté. Après elle vient Rome, qui répand au loin sa civilisation, qu’elle reçoit de la Grèce, et dont l’admirable législation civile régit encore le monde civilisé. Puis est venu, il faut bien le dire, une ère de ténèbres et de barbarie telle qu’on put désespérer de la civilisation. Mais Dieu, en décrétant la ruine du monde romain, qui ne répondait plus à ses vues bienfaisantes sur l’homme, songeait à en reconstruire un nouveau; et pendant que, semblables aux Hébreux aux pieds du Sinaï désespérant du retour de Moïse, on désespérait de l’humanité, celle-ci s'était retirée pour un temps au sein de l’Eternel, et, comme le grand législateur d'Israël, recucillait de la bouche divine les règles et les lois d’une civilisation nouvelle, plus belle, plus grande et surtout plus bienfaisante que Pancienne.
Ainsi, la civilisation, née dans l'Inde, accueillie en Egypte où elle grandit à l'ombre et dans le silence du sanctuaire, se manifestant au dehors en Grèce, se propageant au loin avec a puissance romaine, mais seulement à la surface, pénêtre avec le monde chrétien jusqu’au cœur de la société, convie tous les hommes sans distinction à la jouissance de
ses bienfaits. Et la voilà maintenant qui se prépare à repasser d'Occident en Orient, chargée des dépouilles précieuses qu’elle a recueillies dans son long et glorieux voyage à travers les siècles et les nations.
Rendons justice à Pantiquité, à laquelle nous devons beaucoup ; mais que cela ne nous empêche pas de reconnaître les merveilles de la civilisation moderne, qui après un travail de quelques siècles a laissé bien loin derrière elle la civilisation grecque et romaine, surtout dans tout ce qui se rapporte au bien-être de l'humanité en masse. (Car il ne faut pas loublier, cette gloire de la Grèce, cette grandeur de Rome avaient pour piédestal l'esclavage et l’exploitation des masses. Il n’en est pas tout-à-fait ainsi de notre temps: la gloire et la grandeur des nations s'appuient sur la liberté des peuples, et c’est avec des peuples libres que l’on fait les grandes choses. Aussi la tendance du travail civilisateur est-elle tout autre qu’elle était jadis; ce sont des peuples libres qui sont à l’œuvre, et c’est au profit des peuples que Phumanité progresse, ct non plus au profit de certaines classes.
Mais ce travail, que l’on pourrait appeler le travail des peuples, ne fait guère que commencer. L’Europe, notre mère et notre préceptrice, n’est encore que partiellement émancipée. Sur plusieurs autres points, on y voit l’anarchie lui déchirer le sein ; la liberté n’y trouve pas encore ces idées d'ordre et de morale publics dont elle a besoin pour y prendre racine. L’Asie et l’Afrique n’ont pas encore reçu le nouvel évangile des peuples. Et il se trouve des hommes qui disent qu’ils n’ont plus rien à faire, qu’ils ont payé leur dette au Créateur et à l’humanité. La tâche de l’homme sur la terre sera remplie, messieurs, lorsqu'il n’y aura plus un seul peuple au monde, qui ne jouisse de la plus grande somme de bien-être social, moral et intellectuel dont il est susceptible. Et si cela n'est pas une vérité incontrovertible, Dieu n’est pas l’être sage, bon, juste, grand que l’on se figure ; il n’y a pas de Dieu, si ce n’est le Dieu des oisifs.
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Mais voyez quel Dieu l’on offrirait à vos adorations. Il aurait déversé les biens de ce monde sur quelques hommes privilégiés, mais seulement pour leur permettre de passer leur vie bien inutilement pour leurs semblables, et le plus agréablement possible pour eux seuls. Il leur aurait donné force et santé, mais seulement pour mieux supporter les fatigues du plaisir. Il leur aurait départi une intelligence capable de grandes choses, (car ces messieurs n'avouent jamais qu’ils sont des imbéciles,) mais nullement pour l’exercer. On ne sait trop, à vrai dire, pourquoi on l’a cette intelligence, si ce n’est pour mieux apprécier les mérites d’un cheval ou d’une maîtresse. Voilà le Dieu tel que nous Île font les oisifs; voilà Dieu tel qu’on l’a adoré dans le monde civilisé jusqu’à naguère. Mais l'Amérique un jour s’est levée avec ses jeunes et vigoureuses populations, présentant au monde un autre Dieu, le Dieu des hommes libres, le Dieu des travailleurs. L'Europe, qui sur plusieurs points chancelait dans la foi antique, n’a pas tardé à reconnaître que le Dieu, qui apparaissait à l'Occident, était le vrai Dieu de humanité, et s’il n’a pas d’autels dans tous les palais, il en a dans les cœurs de tous les peuples. Et aujourd’hui vous voyez Rome, cette maîtresse du monde politique ancien, comme elle est devenue la reine du monde religieux moderne, vous voyez Rome, sous les auspices d’un pontife éclairé, préparer les voies à l’intronisation du nouveau Dieu. Unissons nos vœux aux efforts du vénérable chef de la chrétienté pour former ct cimenter une sainte et salutaire alliance avec la religion, cette puissance modératrice des passions, la liberté saura beaucoup mieux éviter les écueils dont sa route est parsemée. O Rome! écoute la voix des peuples; prète-leur la main qu'ils te demandent pour s'aider à se relever; guide-les dans la voie d’émancipation et d’avancement où les appelle une voix d’en haut, et une fois encore tu peux être la maîtresse du monde, Tu le fus jadis par Pépée ; plus tard tu le devins par la pensée ; redeviens-le par Pamour. Fais-toi le centre, la modératrice, la direc-
trice du progrès humanitaire. Invite les bons rois et les peuples libres à établir dans ton sein un auguste conseil de propagande, dont l’objet serait de diriger les travaux réunis de tous vers la régénération de l’humanité entière.
Si nous ne vivions pas dans un temps où les prodiges se multiplient à tel point qu'ils passent presque inaperçus, une pareille idée pourrait paraître extravagante. Mais ce qui s’est passé depuis un demi-siècle me rassure. C’est maintenant l’invraisemblable, l'impossible, qui est le plus près de la vérité, de la réalisation. Ilest tels grands fous des deux derniers siècles, qu’on reconnaît aujourd’hui pour des génies que nos aïeux n'avaient pas compris. Et eux-mêmes, si on leur eût prédit ce que nous voyons de nos jours, auraient condamné le prophète aux petites-maisons,
Pour prévoir avec justesse certains grands événements futurs, il suffit souvent de faire attention aux conséquences qui doivent découler nécessairement de certaines idées ou principes nouveaux, qui quelquefois, comme des éclairs, jaillissent de l’intelligence humaine en travail. Nous avons vu ce qu’a déjà fait le principe de la liberté populaire qui n’est proclamé que d’hier. Eh bien! on proclame aujourd’hui un autre principe dont les conséquêénces seront immenses pour l'humanité, je veux parler du principe du libre échange. La doctrine du libre échange, comme on sait, est fondée sur cette vérité trop longtemps méconnue, et dont l'ignorance a causé des maux incaleulables, savoir: Que chaque peuple est intéressé à la prospérité des autres peuples, par la raison toute simple qu’on ne vend qu'aux riches. Voilà donc les peuples intéressés directement à favoriser la prospérité et l'avancement les uns des autres.
On peut en dire autant de certaines découvertes dans les arts ou dans les sciences. Celui qui, lors de la découverte ou introduction, en Europe, de la poudre à canon dans Île quatorzième siècle, et de l’art de l’imprimerie dans le siècle suivant, en eût pu calculer les conséquences pour la société européenne, eût pu prédire dès lors l'émancipation humaine,
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