LE RÉPERTOIRE NATIONAL 263 ACTE PREMIER SCÈNE I
CAROLINE ( préle à sortir), SUSETTE (époussetant).
SUSETTE.—Oh ! mam’selle Car’line, mam'’selle Car’line, j'vois bien qu’vous voulais être secrète su’la chose, mais je l’ai d’viné, moi, c’qui vous rend si inquiète.
CAROLINE (surprise et revenant ).—Coniment ? qu’as-tu deviné, Susette ?
SusETTE.—C'est qu’voyais-vous, ça m’crève le cœur à moi d’vous voir noyée dans une tristesse pareille ! Vous n’mangeais pus, vous n’dormais pus, je vous vois souvent songer comme si vous rêviais ; et pis n’rien dire, ou ben r'garder attentivement un objet qu’vous n’voyais pas ; n’pas seulement ouvrir votre jolie p'tite bouche pour rire un peu, comme vous faisais auparavant ! Oh! j’la sais, la cause de tout ça.
CAROLINE.—Mais explique-toi donc, Susette.
SuSETTE.—En un mot, vous aimais monsieur Auguste, le premier commis de monsieur votre oncle.
CAROLINE (surprise).—Susette ! .
SUSETTE.—Oh ! allais, jm’y connais.
CAROLINE.—Mais qui peut t’'induire à avoir une telle pensée ?
SUSETTE.—T"nais qu’c’est ben difficile aussi ! Quand il entre ici, est-ce que je n’vous vois pas toujours rougir qu'les yeux vous en pleurent, et pis baisser la vue aussitôt, et chercher quoqu'chose ous qu’il n’y a rien ? C'est-y vrai, ça ?
CAROLINE (à part).—Elle me fait honte. (Æ/auf.) Mais u’est-ce que cela ?
SUSETTE.—C'est ben assais, que j'pense. Pis eune autre chose, c’est qu’votre oncle le sait.
CAROLINE (surprise).—Il le sait, dis-tu ?
264 LE RÉPERTOIRE NATIONAL SuUSETTE.—Oh ! oui, qu’il le sait, et qu’il en est bien fier encore.
CAROLINE.—Mais d’où te viennent ces informations ? SusEeTTE.—Vous allais voir . . . Je.
CAROLINE.—Chut ! voilà quelqu'un.