‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme]Chapitre 148 sur 203 · ACTE SECOND SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE SECOND SCÈNE I

(Au lever du rideau on aperçoit Nicodème et Susette assis.)

NICODÈME.— Eh ! non, Susette ; tu n’comprends pas l'affaire. Et voilà.

SUSETTE.—Mais qu’veux-tu donc dire ?

NICODÈME.—Pourquoi qu’il l’a expulsé d’une si traitresse de façon, sans rien vouloir lui faire connaître.

SUSETTE.—Écoute donc, Nico, pourquoi l’a-t-y chassé de c’'te manière ?

NICODÈME. — Ah! tu sens la chose. . . bon! Tu l’ignores aussi, toi. Eh ben ! moi, j’'trouve c’t'expulsation-là très inconvenante, et ça m’met l'âme tout à fait mélancolique, Susette, chasser monsieur Auguste ! l’homme que tout l’monde estime ! . . . et sans qu’on sache un mot de raison ! . . . C’est égarant, pour ne pas dire mystérieux ! Pour lors donc, c’que j’voulais t’mettre

dans la volonté, l’voici . . T’as la langue ben accrochée, ROL 5

SUSETTE.—Ah ! pour ça. Dieu merci, quand j'veux . J'ai t’appris la grammaire, va, Nico.

NICODÈME.—Pour lors, moi, j'baragouine pas mal. Nous allons nous présenter en par-devant monsieur Delorval, et pis d'mander l’pardon d’'monsieur Auguste. Sûrement qu'y nous refusera pas. Et voilà.

SUSETTE.—J'y consens de tout mon cœur, Nico ; mais crès-tu que j’réussissions favorablement ?

NiICODÈME.—Mais c’est manifeste.

SUSETTE.—Mais s’il avait des raisons pour le chasser.

NICODÈME.— Mais quelles, Susette ? Est-ce dans la possibilité qu’il puisse en avoir contre un homme comme lui ?

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LE RÉPERTOIRE NATIONAIL, 281

SusETrE.—Je n’le crès pas non plus et même j'pourrais l'jurer, que je pense.

NicopèME.—Pour lors donc, il faut, comme j’te dis, s'aventurer d’vant monsieur Delorval, en vis-à-vis de c't’affaire-là.

SUSETTE.—Mais qui «nous deux aura la parole ? J’palrons-t-y ensemble ?

NICODÈME.—Tu f’ras l’harangue, toi, et moi j'te sifflerai par-ci par-là, par endroits, tu sais; car tu n’es pas ignorante de connaître qu’la puissance d’une langue de femme, aidée d’quêques larmes . . . Tu sais pleurer.

SUSETTE.—En v'la eune demande.

NICODÈME.—Pour lors donc, que j’disais, en accompagnée d'sa langue et de ses larmes, la femme peut conquérir le plus grand conquérant. C’que l’on peut voir dans toutes les pages d'l’histoire ancienne, moderne et

future. Mais l’voilà qui vient. T'’nons-nous prêts. (//s se lèvent.)

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