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LE POISSON D'AVRIL

Prends garde, jeune fille, aux yeux doux et coquets, | Aux amants inconstants, aux argus indiscrets : F. Car le frêlon, vois-tu, vole à l’abeille Son miel, Et puis l’amant qui te parle à l'oreille Du ciel, Pour mieux voiler sa mondaine inconstance, Et mettre ton cœur en péril,

(1) M. Thomas Jean Jacques Loranger, né en 1824, fut un

si criminaliste et un jurisconsulte distingué. Il fut député du comté

11 de Laprairie en 1854, et devint secrétaire provincial dans l’adminis-

tration Macdonald-Cartier. Nommé juge en 1864, il quitta ce poste

en 1879 et depuis il publia un grand nombre d’écrits sur des

questions légales, entre autres les premiers volumes d’un Comen-

laire sur le Code civil du Bas-Canada, et des Lettres sur la Constitution du Canada, Mort à Montréal en 1885.

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Médite de troquer ton beau lis d’innocence Contre un poisson d’avril.

Époux, qui vous aimez, conservez bien vos feux, L'amour, durant l’hymen, est souvent soucieux ; Dans le beau temps, il faut un peu d'orage Au ciel, Et l’on n’a pas toujours dans le ménage Du miel.

On savoure parfois des délices d'ivresse, Mais Cupidon retraite-t-il, On n’a plus dans la bouche un seul mot de tendresse : L'amour est un poisson d'avril.

Vous tous qui comptez trop sur le temps à venir, Qu'’entourent les amis, vivez dans le plaisir, Heureux frêlons, qui volez à l’abeille Son miel, Venez, je veux vous parler à l'oreille Sans fiel :

Ah ! ménagez le temps et la fortune, Le plaisir, ce poison subtil, Vous mènera tout droit au chemin d’infortune : C'est un ancien poisson d'avril.

Avares, qui courez après l’argent et l'or, Qui grossissez sans cesse un futile trésor, Sans que jamais le pauvre, la patrie, Le ciel N’ait sa part du lingot, ah ! votre vie De miel Vous mènera tout droit chez Proserpine, Où je vous envoie en exil!

Songez, vilains, faisant maigre cuisine, Qu’enfer est un mauvais poisson d'avril,

Torys qui tourmentez vos frères canadiens, Qui pillez leurs trésors et ravissez leurs biens, Qui maudissez Bagot qui trop vous donne De fiel, Enfants gâtés un jour par votre bonne De miel, Vous reniez ministres responsables :

Ogden, cet aimable alguazil,

Ce roi Petaud déchu de tant misérables, Vous reste pour poisson d'avril !

Errant en vagabond, politique Caïn Qui grossit ses trésors du sang de l’orphelin, A lord Stanley tant qu’il peut il inspire Du fiel.

Ah! s’il pouvait trouver dans son martyre Du miel, Replacer au pouvoir la canaille déchue Et trouver en dédale encore un bout du fil.

Mais, voyez, il viendra de l’officielle rue (1) En vrai poisson d'avril !

J. G. BARTHE

RE

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