‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme]Chapitre 54 sur 203 · M. DE LORIMIER ANNONÇANT SON SORT À SON FRÈRE · texte numérisé non relu

M. DE LORIMIER ANNONÇANT SON SORT À SON FRÈRE

Prison de Montréal, 12 février 1830.

Mon cher frère,

C'est pour la dernière fois que je mets la main à la plume pour t’écrire, et encore c’est pour te faire mes derniers adieux. Tu dois avoir appris par les journaux que j'avais subi mon procès pour haute trahison, devant la cour martiale qui s’est tenue et se tient encore à Montréal, et dont le major général Clitherow est le président. Cette cour m'a trouvé coupable et j'ai été condamné à mort le 29 janvier derr er, sans spécifier le temps. Aujourd’hui à trois heures P. M., M. Day, avocat, et M. Muller sont venus me notifier, en même temps que l’infortuné Charles Hindenlang et trois autres, pour être pendus après-demain (vendredi). Il m'est douloureux de laisser ma patrie encore dans les chaînes, et ma famille dans l’infortune ; quoi qu'il en soit, il faut que je meure, mais je meurs courageux, ferme et calme. Comme il ne me reste que bien peu de temps, je ne puis t'écrire plus long.

J'ai cherché et je me suis interrogé si, ayant embrassé le cause de la patrie, mon âme était engagée ;: la liberté qui est écrite dans mon âme en lettres de feu, me dit non. Aujourd'hui suis-je criminel parce que je ne réussis pas ?

Si je réussissais demain, je serais bienheureux. La cause n'est-elle pas la même? (1)

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