‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme]Chapitre 59 sur 203 · AMI · texte numérisé non relu

AMI

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LE RÉPERTOIRE NATIONAI, 127

REMERCIEMENTS DE M. DE LORIMIER À UN AMI QUI DOIT DONNER LA SÉPULTURE À SON CORPS

De mon cachot, prison de Montréal, 15 février 1839, 4 heures du matin.

Mon cher P,.. .®r,

Il ne me reste plus qu’un instant à vivre : dans cinq heures j'aurai péri sur l’échafaud politique ; il me reste un dernier devoir, devoir précieux, c'est celui de la reconnaissance. Il me serait plus agréable de m’en acquitter dans toute autre circonstance ; malgré tout, je me soumets volontiers à la force des choses : ma conduite ne me reproche rien.

Je suis calme et résigné plus que jamais. Le seul regret que j'emporte est pour ma famille dans l’infortune. Pourquoi me plaindre pour ce que l’on me fait personnellement ? mon pays me connaît, et j'ai le plaisir en mourant d’avoir l'estime de mes bons compatriotes, et la tienne en particulier. Cette pensée me réjouit et remplit mon cœur de joie. Mes bourreaux m’envoient périr sur un échafaud, sur un gibet! Mais que m'importe de mourir lancé dans l’air : la mort sous ses formes variées, soit par le supplice de la croix ou par l’empalement, par le feu ou par la guillotine, par la corde ou par l'épée, ne produit toujours que le même effet. Si des hommes ignorants ou préjugés attachent des idées de déshonneur, de honte ou de préférence à aucun de ces divers modes de supplices, c’est parce qu’ils ne réfléchissent pas sur les causes qui les ont amenés, ou sur le résultat inévitable de tous ces supplices : la mort. Je te prie, cher ami, avant de mourir, d’agréer mes plus sincères remercie ments pour la faveur distinguée que tu accorderas à mes restes inanimés descendus de l’échafaud ; et je te prie de me croire jusqu’à mon dernier soupir, —adieu—adieu,

Ton affectionné et malheureux ami, CHEVALIER DE LORIMIER.

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