‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme]Chapitre 63 sur 203 · DERNIERS ADIEUX DÉ M. DE LORIMIER À SON ÉPOUSE · texte numérisé non relu

DERNIERS ADIEUX DÉ M. DE LORIMIER À SON ÉPOUSE

Prison neuve de Montréal, 15 février 1839, 7 heures du matin.

Ma chère et bien-aimée,

À la veille de partir de mon lugubre cachot pour monter sur l’échafaud politique, déjà ensanglanté de plusieurs victimes qui m'y ont devancé, je dois à mon devoir conjugal, ainsi qu'à ma propre inclination, de t’écrire un mot avant que de paraître devant mon Dieu, le Juge souverain de mon âme. Dans le court intervalle qui s’est écoulé depuis l'union sacrée de notre mariage jusqu'à présent, tu m'as fait, chère épouse, jouir du vrai bonheur. Tu m'as tout prodigué : amitié, tendresse et sincérité. Pour toutes ces vertus de ta part, je n'ai jamais été ingrat. Aujourd'hui des assassins avides de sang viennent m'arracher de tes bras ; ils ne pourront jamais effacer ma mémoire de ton cœur, j'en ai la conviction. Ils viennent t’arracher ton soutien et ton protecteur, ainsi que celui de mes chers enfants. La Providence et les amis de ma patrie y pourvoiront ! Ils ne m'ont pas seulement donné le temps de voir mes deux chères petites filles pour les serrer contre mon cœur paternel, et leur donner un dernier adieu. Ils m'ont privé de voir mon bon vieux père, mes frères et sœurs, pour leur faire mes adieux. Ah! cruelle pensée ! Cependant je leur pardonne de tout mon cœur.

Quant à toi, ma chère, tu dois prendre courage et penser que tu dois vivre pour tes pauvres enfants, qui ont grandement besoin des soins maternels de leur tendre et

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