‹ Le Repeuplement des Eaux à Truites: Choix d'une MéthodeChapitre 16 sur 24 · RD T · texte numérisé non relu

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installer un établissement de pisciculture, ce qui représente une dépense élevée.

Mais il y a plus grave, et nous prétendons que l’intro-

duction répétée d’alevins issus de géniteurs élevés en bas-

sins et habitués à la vie domestique abâtardit le poisson.

C’est ainsi que HALFORD, le grand maître de la mouche sèche, note que l’habitude de faire pondre les mêmes femelles et de féconder les ovules par les mêmes mâles aboutit à la production de poissons dégénérés qui « sont les pires ancêtres pour les générations à venir ». Par contre, l’utilisation d’alevins nés de parents sauvages donne d’excellents résultats : « Un grand nombre de « ceux-ci sont arrivés à maturité et se sont reproduits; « aussi tous les poissons de ces radiers sont-ils maïinte- « nant dans la meilleure condition; ils prennerit libre- « ment la nourriture-à la surface et se montrent ‘aussi « effrayés par la présence de l’homme que le poisson « sauvage des rivières dont on n’a pas entrepris le « repeuplement. »

Il est indéniable, en effet, que les lois que la zootechnie nous apprend à connaître, s’appliquent à la truite comme aux autres animaux. Les recherches américaines ont montré par exemple la puissance dé la sélection : le choix judicieux des reproducteurs permet d’obtenir des résultats extraordinaires au point de vue croissance, fécondité et même résistance à la maladie. C’est ainsi qu’en quatre générations la longueur maxima est passée de 25 à 35 cm. ét la longueur minima de 17 à 25 em., ceci pour un poisson de deux ans. La sélection permet également d'obtenir

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des géniteurs produisant un nombre d’œufs plus considérable et des lignées douées d’une résistance toute particulière à à certaines maladies (5).

Tout cela paraît fort réjouissant, mais n'oublions pas que :

— D'une part, la réciproque est vraie (les mauvais géniteurs donnent de mauvais produits), d’où la nécessité de - connaître les origines ‘et les aptitudes des reproducteurs. Or,'si les géniteurs sauvages sont obligatoirement des poissons vigoureux (dans la rivière il n’y a pas de place pour les faibles et les débiles qui disparaissent automatiquement du fait de la sélection naturelle (°°), il n’en est pas toujours de même pour éeux, qui, élevés en bassins, . ignorent tout de la Jutte pour la vie; nous devons donc, dans ce cas, nous en tenir aux seules affirmations du pisciculteur désireux de vendre sa marchandise.

— D'autre part, sport et élevage sont deux choses tota- ‘ lement différentes. Prenons un exemple : viendrait-il à l’idée de quelqu'un de Horn une chasse .avec des « Géants ds Flandres » ? Non, n'est-ce pas, et cependant ces derniers atteignent, à âge él un poids bien supérieur à celui du lapin de garenne ! C’est que la chasse doit être

considérée non comme un moyen de se procurer de la viande, mais bien comme un passe-temps, une distraction, un sport. La pêche aussi, et c’est pourquoi nous voulons,

nous l’avons déjà dit, du poisson vigoureux, batailleur et- \

(14) La furonculose, par exemple.

(15) Cf. « La loi: de la Jungle », £es animaux sauvages des livres de la jungle, LauriÉé, Thèse ‘Doct. Vétér., Toulouse, 1948).

neo. Rose

méfiant. Ce sont là des qualités que la vie « en cage » ne peut qu’atténuer voire faire disparaître : il suffit pour s’en convaincre de considérer le comportement des fauves de ménagerie. La truite élevée en bassin perd en grande partie sa vitalité, sa méfiance, sa combativité, et les produits issus de ces géniteurs sont de véritables dégénérés.

Si les jeunes truitelles ne sont déversées qu’à l’âge de six mois, huit mois et plus, c’est encore bien plus grave (!°), car ces petits poissons contractent dans les bacs d’élevage de fâcheuses habitudes. LAURENCIN (7) nous fournit d’intéressantes précisions sur la façon dont les alevins élevés en bassin prennent la nourriture. La pulpe de rate raclée au couteau est étalée sur des carrés de toile métallique très fine, à laquelle elle adhère facilement. On enduit ainsi sur les deux faces plusieurs de ces carrés

qui mesurent de 10 à 15 cm° de surface et qui sont fixés

verticalement en plusieurs endroits dans les bacs. Cette nourriture est présentée aux alevins au moment où ils commencent à s’aventurer dans l’eau, et voici alors ce que l’on observe :

À un certain moment, quelques jeunes sujets donneront de la bouche dans la toile métallique. Sans se rendre compte de ce qui leur arrive, ils vont désagréger un peu de pulpe qui finit par pénétrer mécaniquement dans leur cavité buccale. Le petit poisson avale et à partir de ce

(16) « La Test, devenue le siège d’un club très cher et très fermé, « recevait de fréquents déversement de poissons d’une livre et plus, « élevés par des pisciculteurs. Ces truites se laissaient prendre faci- « lenrrnt et ne distingaient pas une mouche d’une autre » (D' P. Bar- BELLION, Truiltes, mouches, devons).

(17) D' LAURENGIN, Données môdernes sur la pisciculture industrielle de la truite (Thèse Doct. Vétér., Lyon, 1934).

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moment-là il aura tôt fait de venir de lui-même donner de la bouche contre cette toile recouverte de quelque chose qu’il adopte comme étant bon. Au bout de quelques - jours, quelques alevins sauront ainsi manger. Les autres verront passer devant leurs yeux des particules de nourriture que leurs compagnons auront détachées de la toile et qui tomberont, très lentement, au fond du bac. ils les suivent des yeux, s’y intéressent, les poursuivent et tôt ou tard happent un petit morceau sans le vouloir. À ce moment, leur éducation est faite et ils continueront à se nourrir ainsi sans jamais chercher leur nourriture contre les toiles. .

Plus tard, dans la rivière, ces poissons continueront à prendre leur nourriture entre deux eaux sans se soucier aucunement des insectes de surface. Or, l’expérience montre que l’ingestion d’une certaine quantité de ces insectes favorise considérablement la croissance de la truite. Ÿ a-t-il apport de principes vitaminiques ? La question n’est pas encore résolue mais il est permis de le supposer. Quoiqu'il en soit, un régime carencé en insectes se montre très préjudiciable au développement normal et ne peut qu'accuser la dégénérescence de ces truites d'élevage.

Indépendamment de ce fait un poisson qui ne « monte pas à la mouche » perd à nos yeux les trois quarts de sa valeur sportive.

L'expérience montre enfin que les truites provenant des bassins d'élevage fraient après les poissons sauvages et sur les mêmes lieux, détruisant le bon frai qu’elles remplacent par leur mauvaise semence. Ainsi, très rapidement, la valeur sportive de la population de la rivière

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diminue, ce qui n’est certes pas le but que nous recherchons. à œ

C’est pourquoi le repeuplement des eaux à truites par déversement d’alevins, méthode non seulement ‘coûteuse et délicate, mais encore le plus souvent catastrophique dans ses résultats, est à proscrire, sauf dans le cas très particulier où nous voudrons introduire dans nos rivières une espèce exotique (truite arc-en-ciel).

Aussi, nous ferons nôtre cette conclusion du Docteur BARBELLION ('°) : « Deux facteurs restent primordiaux :

— « Les œufs ou les alevins doivent provenir de géni- « teurs représentant une belle race de truites sauvages.

— « Ils doivent être mis le plus tôt possible dans les « conditions naturelles où ils pourront conserver et déve- « lopper les caractères transmis par leurs parents, faculté « que la stagnation prolongée dans des bassins cimentés «et qu’une nourriture très différente de celle fournie par « la nature ne manqueraient pas d’atténuer sérieusement « pour le présent et pour l’avenir. »

(18) D' Bar8erLion, Truites, mouches, devons.

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