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Le report des épreuves a l'huile

M. Rawlins s’est servi de la collographie, mais il s’est arrêté après l’encrage. L’année dernière, j’ai essayé d’aller plus loin et de me servir du procédé tout entier. Il était tout naturel que l’idée en vint à l’esprit, car une épreuve à l’huile n’est pas autre chose qu’une planche collographique desséchée. En l’employant humide, le report sur papier non gélatiné devait pouvoir se faire. Il réussit en effet. On m’objectera qu’il serait plus simple de faire de la collographie comme tout le monde. Je serais tout à fait de cet avis si la collographie de tout le monde nous donnait la qualité d’un bon report d’épreuve à l’huile. Jusqu’ici ce n’est pas le cas. Essayez d’encrer au putois pied-de-biche une planche collographique sur verre, et vous reconnaîtrez que la liberté d’interprétation qui donne tout son intérêt au procédé à l’huile ne se retrouve plus en face de ces nouvelles conditions. Sur le fond transparent du verre, les valeurs se jugent mal, le relief trop marqué se refuse aux encrages localisés et la planche donne une épreuve qui peut être excellente au point de vue documentaire, mais qui m’a toujours semblé sèche et dénuée d’enveloppe.

J’ai donc cherché à utiliser l’épreuve à l’huile telle que nous la connaissons, de façon à n’ajouter qu’un simple corollaire aux opérations usuelles. Mon desideratum était le suivant : une réplique de mon épreuve aussi exacte que possible pour les lignes et les valeurs, mais rehaussée par ce je ne sais quoi d’attirant qu’offre la surface d’un beau papier dont la fleur est intacte et la fibre exempte de toute substance étrangère à celle du pigment même.

Car les plus fervents amateurs du procédé à l’huile ont dû reconnaître que cette méthode de tirage, sans rivale au point de vue de la liberté d’action qu’elle confère à l’artiste, péchait par l’aspect et par l’imperméabilité de la couche gélatineuse — malheureusement indispensable — sur laquelle se forme l’image. L’aspect en était déplaisant, et son imperméabilité empêchait la dissociation des deux éléments de l’encre — huile et pigment — qui sont faits, l’un pour disparaître dans la pâte, l’autre pour rester, mat et velouté, à la surface. Il nous fallait, en conséquence, cacher ce dessous de laide gélatine sous un encrage intensif, ce qui nous interdisait les effets clairs et légers, puis recouvrir d’un verre ces paquets d’encre épaisse pour dissimuler l’embut qui ne tardait pas à survenir. Mais le procédé s’affirmait si souple et si plein de ressources que nous l’avons accepté avec reconnaissance sans trop lui reprocher ses défauts. Et nous ne l’abandonnons pas en employant

la nouvelle méthode de tirage que nous vous décrivons aujourd’hui. Nous l’employons même plus que jamais puisque, pour un seul encrage que nous fournissait une feuille de papier, nous en faisons maintenant cinq ou six de suite. Car de l’épreuve naguère définitive, nous avons fait une planche. Le support reste, l’image se reporte et va chercher sur la surface chatoyante d’un beau papier de Hollande ou du Japon de nouvelles qualités qui en font une chose plus belle et plus précieuse.

Mais en face d’un surcroît de travail, si mince qu’il soit, il convient de placer un avantage au moins proportionnel. Dans le cas présent, j’en entrevois plusieurs. En première ligne, la beauté supérieure de la matière, la matité veloutée des noirs et leur profondeur, car, je l ai dit plus haut, l’image reportée n’est composée que de carbone (Et ceci est nouveau : dans l’image gommique il y avait, en plus du pigment, de la gomme ; dans celle du procédé Rawlins, de l’huile). En second lieu, la qualité toute spéciale du papier qu’aucun traitement chimique n’a privé de sa fleur et dont la couleur, le grain et la matière sont d’une très grande variété. Notons aussi la permanence de l’image qui offre autant de garanties de conservation que celle fournie par la gravure ou la lithographie. Enfin l’épreuve de report se présente bien , ses marges peuvent être grandes, elle ne s’enroule pas, se loge facilement dans un portefeuille et ne s’abîme pas à moins qu’on ne la brutalise.

Je me défie volontiers de mon opinion propre, surtout quand elle porte sur un procédé auquel j’ai travaillé de long-s mois et qui m’a donné beaucoup de mal à mettre à peu près sur pied. J’ai donc soumis mes résultats dès qu’ils m’ont paru présentables à des artistes qui font autorité en blanc et en noir. Ils m'ont fait certaines critiques sur mon travail personnel dont j’ai su profiter, mais tous ont été unanimes sur la supériorité du procédé de report en tant que matière sur les précédents, et m’ont vivement encouragé à ne pas abandonner la voie dans laquelle je m’étais engagé. Cette unanimité me paraît importante.

Voici en quelques mots le résumé des opérations qui viennent s’ajouter à celles déjà connues du procédé à l’huile ;

1. Préparation du papier destiné à recevoir le transfert et que j’appellerai, pour éviter toute confusion, le papier report ;

2. Nettoyage des marges de l’épreuve à l’huile fraîchement encrée ;

3. Ajustage de la presse. Ajustage de l’épreuve à l’huile sur le plateau. Superposition du papier

, report ;

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