‹ Le rértoire littéraire;Chapitre 116 sur 267 · PASCAL · texte numérisé non relu

PASCAL

monde visible, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes, et soi-même, son juste prix.

Qu'est-ce que l'homme clans l'infini? qui peut le comprendre? Mais pour lui présenter un autre prodige aussi étonnant, qu'il recherche, dans ce qu'il connaît, les choses les plus délicates. Qu'un ciron% par exemple, lui offre dans la petitesse de son corps des parties incomparablement plus petites, des jambes avec des jointures, des veines dans ces jambes, du sang dans ces veines, des humeurs dans ce sang, des gouttes dans ces humeurs, des vapeurs dans ces gouttes ; que, divisant encore ces dernières choses, il épuise ses forces et ses conceptions, et que le dernier objet où il peut arriver soit maintenant celui de notre discours. Il ]3ensera peut-être que c'est là l'extrême petitesse de la nature. Je veux lui faire voir là dedans un abîme nouveau, je veux lui peindre non-seulement l'univers visible, mais encore tout ce qu'il est capable de concevoir de l'immensité de la nature, dans l'enceinte de cet atome imperceptible. Qu'il y voie une infinité de mondes, dont chacun a son firmament, ses planètes, sa terre, en la même proportion que le monde visible ; dans cette terre, des animaux, et enfin des cirons, dans lesquels il retrouvera ce que les premiers ont donné, trouvant encore dans les autres la même chose, sans fin et sans repos. Qu'il se perde dans ces merveilles aussi étonnantes par leur petitesse que les autres par leur étendue. Car qui n'admirera que notre corps, qui tantôt n'était pas perceptible dans l'univers, imperceptible luimême dans le sein du tout, soit maintenant un colosse, un monde, ou plutôt un tout, à l'égard de la dernière petitesse où l'on ne peut arriver ?

Qui se considérera de la sorte s'effraiera, sans doute, de se voir comme suspendu dans la masse que la nature lui a donnée entre ces deux abîmes de l'infini et du néant, dont il est également éloigné. Il tremblera dans la vue de ces merveilles : et je crois que, sa curiosité se changeant en admiration, il sera plus disposé à les contempler en silence, qu'à les rechercher avec présomption.

Car enfin qu'est-ce que l'homme dans la nature ? Un

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néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout. Il est infiniment éloigné des deux extrêmes, et son être n'est pas moins distant du néant d'où il est tiré que de l'infini où il est englouti. Pascal,

Pascal (Biaise), Né en 1623, mort en 1662. On peut dire que Pascal a créé la prose française. Le style de cet écrivain célèbre découle avec naturel comme ses pensées, et les mots se rangent sous sa plume sans recherche et sans efforts dans cette forme classique la plus simple et la plus précise. Les ouvrages de cet auteur qui obtinrent le plus grand succès furent ses Lettres provinciales, et ses Pensées admirable recueil où dominent la plus saine philosophie et la morale la plus pure.

a Pascal s'exprime ici d'après les idées populaires, conformes au système de Ptolémée, qui fesait tourner le soleil, les planètes et les étoiles même, autour de la terre, regardée alors comme le centre de l'univers. On doit supposer qu'il feignait de partager à cet égard l'opinion des anciens, pour ne se point mettre en opposition avec le clergé, qui, de son temps encore, combattait de tout son pouvoir le nouveau système. Du reste, il dit ailleurs : " Je trouve bon q\C on ri approfondisse pas V opinion de Copernic.1'

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