‹ Le rértoire littéraire;Chapitre 128 sur 267 · L ETUDE DE LA NATURE · texte numérisé non relu

L ETUDE DE LA NATURE

Les âmes aimantes cherchent partout un objet aimable qui ne puisse plus changer : elles croient le trouver dans un livre ; mais je pense qu'il vaut mieux pour elles s'attacher à la nature, qui, comme nous, change toujours. Le livre le plus sublime ne nous rappelle qu'un auteur mort, et la plus humble plante nous parle d'un auteur toujours vivant ; d'ailleurs, le meilleur ouvrage sorti de la main des hommes peut-il égaler jamais celui qui est sorti de la puissance de Dieu ? L'art peut produire des milliers de Théocrites et de Virgiles ; mais la nature seule crée des milliers de paysages nouveaux en Europe, en Afrique, aux Indes, dans les deux mondes. L'art nous ramène en arrière dans un passé qui n'est plus : la nature marche avec nous en avant, et nous porte vers un avenir qui vient à nous. Laissonsnous donc aller comme elle au cours du temps ; cherchons nos jouissances dans les eaux, les prés, les bois, les cieux, et dans les révolutions que les saisons et les siècles y amènent. Ne portons point, dans notre vieillesse caduque1, nos regards et nos regrets vers une jeunesse fugitive; mais avançons-nous avec joie, sous la protection de la Divinité, vers des jours qui doivent être éternels.

L'étude de la nature est si étendue, que chaque enfant peut y trouver de quoi développer son talent particulier. On dit que d'Anvillea, étant au collège, n'étudia, dans Virgile, que les seuls voyages d'Enée. Il en fit un fort bon itinéraire ; toutes les beautés de la poésie disparurent pour lui; il ne vit dans le poè'te qu'un géographe, et il prouva ainsi qu'il le deviendrait lui-mêmeb.

Mais la nature offre à l'homme un poè'me bien plus étendu

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