‹ Le rértoire littéraire;Chapitre 147 sur 267 · EXHORTATION A L ETUDE DES SCIENCES NATURELLES · texte numérisé non relu

EXHORTATION A L ETUDE DES SCIENCES NATURELLES

Et comment ne conserveriez-vous pas à jamais votre ardeur pour les sciences naturelles? Quelque destinée qui vous attende, dans quelque contrée du globe que vos jours doivent couler, la nature vous environnera sans cesse de ses productions, de ses phénomènes, de ses merveilles. Dans les vastes plaines et au milieu des bois touffus, sur le haut des monts et dans le fond de la vallée solitaire, vers le bord des ruisseaux paisibles et sur l'immense surface de l'Océan agité, vous serez sans cesse entourés des objets de votre étude.

Elle vous suivra partout, cette collection que la nature déploie avec tant de magnificence devant les yeux dignes de la contempler, et qui est si supérieure à toutes celles que le temps, l'art et la puissance réunissent dans les temples consacrés à l'instruction. Et quel est le point de la terre où la science aux progrès de laquelle nous nous sommes voués ne nous montre pas un nouvel être à décrire, une nouvelle propriété à reconnaître, un nouveau phénomène à dévoiler ? Quel est le climat où transportant, multipliant, perfectionnant les espèces ou les races, et donnant à l'agriculture des secours plus puissants, au commerce des productions plus nombreuses ou plus belles, aux nations populeuses des moyens de subsistance plus agréables, plus salubres, plus abondants, vous ne puissiez bien mériter de vos semblables ?

Ah î ne renoncez jamais à la source la plus pure du bonheur qui peut être réservé à l'espèce humaine. Tout ce que la philosophie a dit de l'étude en général, combien nous devons nous le dire, avec plus de raison, de cette j)assion constante et douce qui s'anime par le temps, échauffe sans consumer, entraîne1 avec tant de charme, imprime à l'âme des mouvements si vifs et cependant si peu tumultueux, s'empare de l'existence tout entière, l'arrache au trouble, à l'inquiétude, aux regrets, l'attache avec tant de force à la conquête de la vérité, a pour premier terme l'observation des actes de la faculté créatrice, pour dernier but

216 l'étude des sciences naturelles.

le perfectionnement, pour jouissance une paix intérieure, un contentement secret et inexprimable, et pour récompense l'estime de son siècle et de la postérité ! Comme elle embellit tous les objets avec lesquels elle s'allie ! A quel âge, à quel état, à quelle fortune ne convient-elle pas ? Elle enchante nos jeunes années, elle plaît à l'âge mûr, elle pare la vieillesse de fleurs, dissipant les chagrins, calmant les douleurs, écartant les ennuis, allégeant 2 le fardeau du pouvoir, soulageant du souci des affaires pénibles, faisant oublier jusques à la misère, consolant du malheur d'une trop grande renommée ; quelle adversité ne diminue-t- elle pas ?

Jetez les yeux sur les hommes célèbres dont on nous a transmis les actions les plus secrètes. Quels ont été les plus heureux? ceux qui se sont livrés à la contemplation de la nature a. J'en atteste Aristote, Linnéeh, Buffon, Bonnet c, et ce Bernard de Jussieu d, dont la tendre sollicitude pour la conservation d'une plante nouvelle peignait si bien la paisible félicité ; et ce naturaliste* que nous possédons encore parmi nous, et dont la vieillesse, si justement honorée, jouit, au milieu du calme d'une vie très-prolongée, heureuse et sereine, de la reconnaissance cle ses contemporains, et de l'affection de mes savants collègues. J'en atteste même les illustres victimes de leur passion sacrée : Pline, qui meurt au milieu du Vésuve f; tant de célèbres voyageurs qui expirent pour la science sur une terre étrangère ; ces infortunés compagnons de La Peyrouse^, dont la mer a tout dévoré, excepté leurs droits sur la postérité. Et les sacrifices utiles, le dévouement généreux, le saint enthousiasme, n'ont-ils pas aussi leur bonheur suprême ?

Non, après la vertu, rien ne peut nous conduire plus sûrement à la félicité que l'amour des sciences naturelles. Et vous qui m'écoutez, et qui, jeunes encore, formez notre plus chère espérance ; vous, devant qui s'ouvre une carrière que vous pouvez illustrer par tant de travaux ; ah ! lorsque vous aurez éprouvé cette vérité consolante que le bonheur est dans la vertu qui aime, et dans la science qui éclaire ; lorsqu'au milieu de l'éclat de la gloire, ou dans l'obscurité d'une retraite paisible, vous jouirez du charme attaché à

Page 1