LE MARÉCHAL DE BIRON À HENRI IV
quand même il n'y aurait point d'autre sûreté pour votre personne sacrée, que la fuite, je sais bien que vous aimeriez mieux mille fois mourir de pied ferme, que de vous sauver par ce moyen. Votre Majesté ne souffrirait jamais qu'un cadetb de la maison de Lorraine lui fît perdre terre, encore moins qu'on la vît mendier à la porte d'un prince étranger. Non, Sire, il n'y a ni couronne ni honneur pour vous au delà de la mer. Si vous allez au devant du secours de l'Angleterre, il reculera : si vous vous présentez au port de la Rochelle0, en homme qui se sauve, vous n'y trouverez que des reproches et du mépris. Je ne puis croire que vous deviez plutôt fier votre personne à l'inconstance des flots, et à la merci de l'étranger, qu'à tant de braves gentilshommes et tant de vieux soldats, qui sont prêts à lui servir de remparts et de boucliers ; et je suis trop serviteur de Votre Majesté, pour lui dissimuler que si elle cherchait sa sûreté ailleurs que dans leur vertu, ils seraient obligés de chercher la leur dans un autre parti que dans le sien.
MÊZERAY.
Mezeray {François Eudes de), Historien célèbre, né en Normandie en 1610, mort en 1683. Principaux ouvrages : Histoire de France, Traite de V origine des Français, Traité de la vérité de la religion chrétienne, &c.
a Avec Henri IV, roi de France, la maison de Bourbon monta sur le trône ; ses droits étaient incontestables, puisqu'il descendait de Robert, sixième fils de Saint Louis ; mais la Ligue (c'est-à-dire l'association catholique à la tête de laquelle étaient les Guises, princes de Lorraine), sous prétexte de religion, s'opposa à son avènement.
b II s'agit ici de Charles de Lorraine, duc de Mayenne, second fils de François de Lorraine, duc de Guise. Mayenne, s'étant déclaré chef de la Ligue, prit le titre de lieutenant-général de l'Etat et couronne de France, fit déclarer roi le cardi.ial de Bourbon sous le nom de Charles X, et marcha contre Henri IV, à la tête de 30,000 hommes ; mais il fut battu aux journées d'Arqués et d'Ivry. Il mourut à Soissons, en 1611.
c La Rochelle, chef-lieu du département de la Charente-Inférieure, était alors le boulevard des calvinistes. Assiégée sans succès, en 1574, par le duc d'Anjou, depuis Henri III, elle ne se rendit qu'à Louis XIII, en 1G28, après une défense héroïque de treize mois.