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LE SIÈCLE DE LOUIS XIV

Qu'elles sont brillantes, en effet, ces vingt premières années du gouvernement de Louis XIV! Un roi plein d'ardeur et d'espérance saisit lui-même ce sceptre qui, depuis Henri-le-Grand, n'avait été soutenu que par des favoris et des ministres. Son âme, que l'on croyait subjuguée par la mollesse et les plaisirs, se déploie, s'affermit et s'éclaire, à mesure qu'il a besoin de régner. Il se montre vaillant, laborieux, ami de la justice et de la gloire : quelque chose de généreux se mêle aux premiers calculs de sa politique. Il envoie des Français défendre la chrétienté contre les Turcs, en Allemagne et dans l'île de Crète ; il est protecteur avant d'être conquérant ; et, lorsque l'ambition l'entraîne à la guerre, ses armes heureuses et rapides paraissent justes à la France éblouie. La pompe des fêtes se mêle aux travaux de la guerre ; les jeux du Carrousel, aux assauts de Valenciennes et de Lille. Cette altière noblesse, qui fournissait des chefs aux factions, et que Richelieu ne savait dompter que par les échafauds, est séduite par les paroles de Louis, et récompensée par les périls qu'il lui accorde à ses côtés. La Flandre est conquise ; l'Océan et la Méditerranée sont réunis e; de vastes ports sont creusés ; une enceinte de forteresses environne la France ; les colonnades du Louvre s'élèvent ; les jardins de Versailles se dessinent ; l'industrie des Pays-Bas et de la Hollande se voit surpassée par les ateliers nouveaux de la France; une émulation de travail, d'éclat, de grandeur, est partout répandue; un langage sublime et nouveau célèbre toutes ces merveilles, et les agrandit pour l'avenir. Les épîtres de Boileau sont datées des conquêtes de Louis XIV; Racine porte sur la scène les faiblesses et l'élégance de la cour ; Molière doit à la puissance du trône la liberté de son génie ; La Fontaine lui-même s'aperçoit des grandes actions du jeune roi, et devient flatteur pour le louer.

VlLLEMAIN.

Villemaim (Abel-François), Né à Paris en 1791 ; auteur vivant; pair de France, vice-président du Conseil royal de l'instruction publique, membre de l'Aca-

demie française, et professeur deloquence à la faculté des lettres. Principaux ouvrages : Histoire de Cromwell ; Lascaris, tableau brillant et animé de l'introduction des arts et des sciences en Italie. Le Cours de littérature française de M. Villemain venge noblement notre littérature du moyen âge de l'oubli dédaigneux où l'avaient laissée les siècles classiques qui la suivirent.

a C'est-à-dire de 1661 à 1715.

b L'Espagne. Voyez la note b, page 318.

c L'auteur veut dire que Louis XIV a recueilli une gbire qui était plutôt l'ouvrage des grands hommes de son siècle que le sien propre. d " Louis de ses regards récompensait leurs veilles :

Un coup d'œil de Louis enfantait des Corneilles." Deltlle. e Par le canal du Languedoc.

L'histoire de la révolution française commence en Europe l'ère des sociétés nouvelles, comme la révolution d'Angleterre a commencé l'ère des gouvernements nouveaux. Cette révolution n'a pas seulement modifié le pouvoir politique, elle a changé toute l'existence intérieure de la nation. Les formes de la société du moyen âge existaient encore. Le sol était divisé en provinces ennemies, les hommes étaient distribués en classes rivales. La noblesse avait perdu tous ses pouvoirs, quoiqu'elle eût conservé ses distinctions ; le peuple ne possédait aucuns droits, la royauté n'avait pas de limites, et la France était livrée à la confusion de l'arbitraire ministériel, des régimes particuliers et des privilèges des corps. A cet ordre abusif, la Révolution en a substitué un plus conforme à la justice et plus approprié à nos temps. Elle a remplacé l'arbitraire par la loi, le privilège par l'égalité ; elle a délivré les hommes des distinctions des classes, le sol des barrières des provinces, l'industrie des entraves des corporations et des jurandes a, l'agriculture des sujétions féodales et de l'oppression des dîmes, la propriété des gênes des substitutions ;

et elle a tout ramené à un seul état, à un seul droit, à un seul peuple.

Pour opérer d'aussi grandes réformes, la Révolution a eu beaucoup d'obstacles à vaincre, ce qui a produit des excès passagers à côté de ses bienfaits durables. Les privilégiés ont voulu l'empêcher, l'Europe a tenté de la soumettre ; et, forcée à la lutte, elle n'a pu ni mesurer ses efforts, ni modérer sa victoire. La résistance intérieure a conduit à la souveraineté de la multitude, et l'agression du dehors à la domination militaire. Cependant le but a été atteint, malgré l'anarchie et malgré le despotisme : l'ancienne société a été détruite pendant la Révolution, et la nouvelle s'est assise sous l'Empire.

Lorsqu'une réforme est devenue nécessaire, et que le moment de l'accomplir est arrivé, rien ne l'empêche, et tout la sert. Heureux alors les hommes, s'ils savaient s'entendre, si les uns cédaient ce qu'ils ont de trop, si les autres se contentaient de ce qui leur manque; les révolutions se feraient à l'amiable, et l'historien n'aurait à rappeler ni excès ni malheurs; il n'aurait qu'à montrer l'humanité rendue plus sage, plus libre et plus fortunée. Mais jusqu'ici les annales des peuples n'offrent aucun exemple de cette prudence dans les sacrifices : ceux qui devraient les faire les refusent; ceux qui les demandent les imposent ; et le bien s'opère, comme le mal, par le moyen et avec la violence de l'usurpation. Mignet.

Mignet {François- Auguste- Alexis),

Né à Aix en 1796; auteur vivant; conseiller d'Etat, membre de l'Académie des sciences morales et directeur des archives au ministère des affaires étrangères. Son Histoire de la révolution française et celle des Négociations relatives à la succession d'Espagne l'ont placé au rang des premiers écrivains du dix-neuvième siècle.

a Jurande. La charge de juré d'un métier, ou le temps pendant lequel on l'exerçait.

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