‹ Le rértoire littéraire;Chapitre 207 sur 267 · VERSAILLES · texte numérisé non relu

VERSAILLES

C'est là un pèlerinage poétique. Partir de Paris à deux heures, traverser cette grande route par laquelle tout le dix-septième siècle a passé, ce chemin de Versailles à Paris, traversé par la royauté de France dans des appareils si divers et pour des causes si différentes. Au bord de ces chemins, quand passait Louis XIV, ses sujets s'agenouillaient dans la poussière ; deux rois plus tard, ces mêmes sujets s'en allaient à main armée chercher de force le petitfils de Louis XIV, lui, sa femme, sa sœur, et son enfant ; et du château de Versailles, cette monarchie de tant de siècles passait dans les prisons, et de là à l'échafaud. Quel drame de gloire et d'infamie s'est passé sur cette grande route aujourd'hui si tranquille î Aujourd'hui la bourgeoisie a remplacé la cour ; elle va à Versailles pour voir jouer les eaux, elle en revient au galop des chevaux de coucou ; elle est la reine de ces beaux lieux, reine paisible et sans peur, et à l'abri de toute calomnie. Demandez à qui appartient le château de Louis XIV aujourd'hui ? Il appartient au premier bourgeois qui s'y vient promener avec sa femme et son enfant. Ils foulent tranquillement ces belles allées où passèrent, comme un songe, tant de grandeurs et tant de beautés : le grand Condé, M. de Turenne, Racine, Molière^ la Vallière, Montespan.

Le château de Versailles est beau, surtout quand vient l'automne souffler de sa tiède haleine sur la feuille qui jaunit et qui tombe. Alors, quand toute verdure a passé, quand tout oiseau fait silence, quand les eaux dorment dans leur prison de plomb, quand le buis seul, ce buis travaillé par Le Nôtre a, en pyramides factices, jette seul, sur

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