‹ Le rértoire littéraire;Chapitre 41 sur 267 · PHOSPHORESCENCE3' DE LA MER · texte numérisé non relu

PHOSPHORESCENCE3' DE LA MER

La phosphorescence des eaux de l'océan, depuis Aristote et Pline, a été, pour les voyageurs et pour les physiciens, un égal objet d'intérêt et de méditation. Combien les phénomènes n'en sont-ils pas effectivement nombreux et variés! Ici, la surface de l'océan étincelle et brille dans toute son étendue, comme une étoffe d'argent électrisée dans l'ombre ; là, se déploient 1 les vagues en nappes immenses de soufre et de bitume embrasés ; ailleurs, on dirait une mer de lait dont on n'aperçoit pas les bornes. Bernardin de Saint-Pierre a décrit avec enthousiasme ces étoiles brillantes qui semblent jaillir * par milliers du fond des eaux, et dont, ajoute-t-il avec raison, celles de nos feux d'artifice ne sont qu'une bien faible imitation. D'autres ont parlé de ces masses embrasées qui roulent sous les vagues, comme autant d'énormes boulets rouges, et nous en avons vu nous-mêmes qui ne paraissaient pas avoir moins de vingt pieds de diamètre. Plusieurs marins ont observé des parallélogrammes incandescents^, des cônes de lumières pirouettant sur eux-mêmes, des guirlandes éclatantes, des serpenteaux lumineux. Dans quelques lieux des mers, on voit souvent s'élancer au-dessus de leur surface des jets de feux étincelants ; ailleurs on a vu comme des nuages de lumière et de phosphore errer sur les flots au milieu des ténèbres. Quelquefois l'océan semble comme décoré d'une immense écharpe de lumière mobile, onduleuse, dont les extrémités vont se rattacher aux bornes de l'horizon. Tous ces phénomènes, et beaucoup d'autres encore que je m'abstiens d'indiquer ici, quelque merveilleux qu'ils puissent paraître, n'en sont pas moins de la plus incontestable vérité. D'ailleurs ils ont été plus d'une fois décrits pas les voyageurs de la véracité la moins suspecte, et je les ai moi-même presque tous observés en différentes parties des mers,

Péron. Voyages aux terres australes*

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