‹ Le rértoire littéraire;Chapitre 80 sur 267 · BERNARDIN DE SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

BERNARDIN DE SAINT-PIERRE

leurs besoins aux jouissances, par leur diversité à l'union, par leur faiblesse à l'empire. Ils sont les seuls de tous les êtres qui jouissent de vos travaux, et les seuls qui les imitent ; ils ne sont savants que de votre science ; ils ne sont sages que de votre sagesse ; ils ne sont religieux que de vos inspirations. Sans vous, il n'y a point de beauté dans les corps, d'intelligence dans les esprits, de bonheur sur la terre, et d'espoir dans le ciel.

Cybèle, ou la Terre.

O toi que l'antiquité nomma la mère des dieux, Cybèle, Terre, qui soutiens mon existence fugitive, inspire-moi, au fond de quelque grotte ignorée, le même esprit qui dévoilait les temps à tes anciens oracles.

C'est pour toi que le soleil brille, que les vents soufflent, que les fleuves et les mers circulent; c'est toi que les Heures*, les Zéphyrs et les Néréides^ parent à l'envi de couronnes de lumières, de guirlandes de fleurs et de ceintures azurées ; c'est à toi que tout ce qui respire suspend la lampe de la vie. Mère commune des êtres; tous se réunissent autour de toi: éléments, végétaux, animaux, tous s'attachent à ton sein maternel comme tes enfants. L'astre des nuits lui-même t'environne sans cesse de sa pâle lumière. Pour toi, éprise des feux d'un amour conjugal envers le père du jour, tu circules autour de lui, réchauffant tour à tour à ses rayons tes mamelles innombrables. Toi seule, au milieu de ces grands mouvements, présentes l'exemple de la constance aux humains inconstants. Ce n'est ni dans les champs de la lumière, ni dans ceux de l'air et des eaux, mais dans tes flancs, qu'ils fondent leur fortune, et qu'ils trouvent un éternel repos. O Terre, berceau et tombeau de tous les êtres, en attendant que tu accordes un point stable à ma cendre, découvre-moi les richesses de ton sein, les formes ravissantes de tes vallées, et tes monts inaccessibles, d'où s'écoulent les fleuves et les mers ; jusqu'à ce que mon âme, dégagée du poids de son corps, s'envole vers ce soleil, où tu puises toi-même une vie immortelle î

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