I.A GRANDE MISÉRICORDE ET LA MÈRE DE MISÉRICORDE
Le salut ne vient ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu quia pitié '. — Grande, mystérieuse, redoutable et encourageante parole! Vouloir et courir, c'est ce que j'ai fait depuis le commencement de la retraite; c'est ce que je continuerai à faire, grâce aux résolutions prises. Ce vouloir et ce courir ne me sauveront pas si Dieu n'a pas pitié de moi. Pourquoi et comment cela?
Premièrement, parce que malgré toutes les précautions de ma fidélité, je commettrai toujours assez de fautes pour
1. Igitur non volentis, neque currenlis, sed iniserentis est Dei (Rom. ix, 16).
qu'il me soit impossible de réparer mes chutes sans la pitié divine.
Deuxièmement, parce que le grand Dieu qui promet le ciel pour un verre d'eau n'a promis à personne la grâce du lendemain.
Troisièmement, parce que le salut suppose tant et tant de secours qu'une telle somme de grâces ne peut être qu'imméritée et souvent déméritée.
Quatrièmement, parce que, même si la vie a été sainte jusqu'au dernier jour, il faut pour bien mourir un dernier effort de la pitié de Dieu.
Par conséquent, je voyage ici-bas comme un pauvre qui doit vivre d'aumônes; sans l'aumône quotidienne de la divine miséricorde, chaque jour ou bien je m'arrêterais ou bien je m'égarerais.
Comment compter sur cette miséricorde? Comment Compter sur elle jusqu'à la mort, puisqu'il y en a tant qui se perdent après avoir bien commencé, tant dont Dieu n'a pas eu pitié jusqu'au terme? À cette question inquiétante, il n'y a que cette réponse rassurante : La sainte Vierge a reçu du Seigneur la douce mission et le droit inaliénable d'appliquer à qui elle veut la miséricorde divine, de faire miséricorde aux plus indignes, miséricorde des milliers et des milliers de fois s'il le faut; miséricorde efficace au point que l'âme se sauve; miséricorde pendant des années, miséricorde jusqu'au dernier soupir. Or, ce pouvoir merveilleusement, opiniâtrement miséricordieux, elle l'exerce en faveur de quiconque est son vrai serviteur.
Vrai serviteur de Marie, je le serai si je veux l'être, car cette grâce n'est refusée à personne. Le serai-je avant la fin de cette retraite? Si je ne le deviens pas, j'aurai travaillé en vain.
NEUVIÈME JOUR. 'il.'l