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LA MISÉRICORDE AU MOMENT DE LA TENTATION

La tentation, c'est la vie de l'homme ici-bas. Nous sommes des êtres essentiellement tentés; tantôt plus, tantôt moins, mais toujours. En dehors des tentations légères, on distingue la grande tentation et les grandes tentation*.

La grande tentation est l'inclination à déchoir petit à petit. L'homme est foncièrement inconstant, changeant. L'affaire du salut et celle de l'amour de Dieu sont au-dessus

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de son niveau. Naturellement il ne se tient pas à celte hauteur et il retombe.

Être constant sur un point et pendant un certain temps, cela est possible. Être constant en tout et toujours, cela est impossible. La grande tentation humaine est donc l'instinct de défectibilité. Appliquée à l'ensemble des devoirs, cette défectibilité est humainement insurmontable. Souvent elle ne se montre pas, elle ne se sent pas, mais elle pèse, et fortement. Comment sera-t-elle vaincue? Par les efforts sans doute et par la vigilance, mais avant tout, parla pitié de Dieu, qui donne la constance à mesure que revient l'inconstance. Or, cette pitié s'obtient par la demande, pas autrement.

Les grandes tentations sont certaines luttes violentes durant lesquelles la nature est si profondément bouleversée que l'homme perd l'équilibre moral. Dans ces tempêtes, les bons propos, les précautions prises, les résolutions, les bonnes habitudes, tout semble oublié, anéanti. La pauvre créature est là, seule avec elle-même, avec sa passion furieuse et avec le démon qui attise le feu.

Il ne reste alors que deux ressources, Dieu le voulant ainsi pour notre humiliation. Ces ressources sont la grâce, et la prière pour obtenir la grâce : la grâce qui, dans les choses faciles, semble nous laisser tout le travail, et qui, dans les choses difficiles, nous soutient par elle-même, souvent à notre insu ; la prière, persévérant aussi longtemps que dure la tourmente, la prière infailliblement victorieuse quand elle tient bon, la prière qui nous est alors d'autant plus difficile que le danger devient plus pressant, la prière souvent presque impossible quand on n'a pas demandé d'avance la grâce de prier.

Et voilà le problème de la vie. Qu'en sera-t-il de moi dans la grande tentation et dans les grandes tentations? 11 en sera ce qu'il en sera de ma prière. Et il en sera de ma prière ce que j'aurai d'avance demandé qu'il en soit.

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