‹ Le retour continuel a DieuChapitre 64 sur 146 · LA NÉCESSITÉ DE L'ORAISON ET DE LA RÉSOLUTION · texte numérisé non relu

LA NÉCESSITÉ DE L'ORAISON ET DE LA RÉSOLUTION

C'est dans l'examen de prévoyance que le retraitant, à mesure qu'il se convertit, cherche les moyens de se reconvertir. Cet examen s'appliquera chaquejour à ce qui aura été, ce jour-là , l'objet de la conversion. Il renfermera toujours deux parties: uneprémière sur l'oraison, une seconde sur lu résolution ; car dans ces deux fonctions capitales de la vie chrétienne, se trouvent réunis tous les gages d'un incessant renouvellement de l'âme.

Sur chacune de ces deux parties on propose chaque jour trois questions. La première concerne surtout les commençants; la deuxième, surtout les progressants; la troisième, surtout ceux qu'on appelle parfaits, quoique personne ne le soit ici-bas. Ce sera au retraitant à s'arrêter à ce qui lui

conviendra. Ici surtout il aura besoin de la vertu de dis crétion et de l'esprit de prière.

Qu'il ne l'oublie pas, s'il croit pouvoir aspirer aux degrés supérieurs, souvent aussi il devra s'approprier quelque chose des degrés inférieurs.

Le plus habituellement, il n'aura ni assez de lumières ni assez d'énergie pour prendre le jour môme une décision définitive. Qu'il sache donc se contenter pour l'ordinaire d'une résolution provisoire ; d'autant plus que tout devra être revu dans les derniers jours de la retraite ! Mais que ces solutions révisables soient néanmoins bien pesées devant Dieu!

Cet exercice est placé entre la deuxième e1 la troisième oraison parce que c'est alors et alors seulement, qu'on a les données suffisantes pour le bien faire.

I. Ferai-je oraison ? Dans quelle mesure ? — Sans la pratique de l'oraison on ne peut pas se reconvertir sans cesse. Avec l'oraison, bien faite on ne peut pas se pervertir.

Sans l'oraison, il est moralement impossible de conserver dans l'esprit les vérités de la foi, dans le cœur les sentiments chrétiens, dans la volonté le bon vouloir. Par conséquent, sans elle, il est moralement impossible de prier, c'est-à-dire, de demander comme il faut et autant qu'il faut, les biens éternels. D'où il résulte que l'oraison est moralement nécessaire au salut.

Si on ne peut pas faire l'oraison proprement dite, il faut au moins chercher un équivalent ; par exemple le souvenir régulier des grandes vérités, ou, mieux encore, la lec*ture spirituelle accompagnée de réflexions, d'actes et de prières.

Nécessaire au salut, l'oraison l'est plus encore à la poursuite de la perfection. Sans beaucoup d'oraison, impossible de devenir parfait. Par contre, quiconque cultive avec constance ce saint exercice est moralement sûr de se sauver. Quiconque le pratique dans une large mesure et le fait bien, est sûr d'arriver à un certain degré de perfection.

Ferai-je un peu d'oraison, ou l'équivalent? Ferai-je oraison autant que le font ceux de mon état qui sont fidèles et fervents? Irai-je au delà, même beaucoup au delà de cette mesure?

II. Aurai-je une résolution? Quelle sera-t-elle? — On peut dire de la résolution : Non seulement elle est nécessaire pour se reconvertir, mais elle constitue elle-même la conversion réitérée chaque jour. C'est ce que l'on va comprendre.

Autre chose sont les résolutions, autre chose est la résolution. Les résolutions sont des promesses de circonstance; la résolution est la disposition ferme d'un homme qui poursuit une entreprise. Elle naît du désir, comme le désir naît de la pensée et de la grâce. Pour spécifier davantage, disons que la résolution dont il est question dans cette retraite est l'état d'esprit d'un chrétien qui, animé du désir de se sauver sûrement s'est fait dans ce but un règlement de vie et qui chaque jour recommence à vouloir l'observer et l'observe en effet. Ce règlement de vie doit être proportionné au degré de vertu acquise ou à acquérir prochainement. Il est et doit être perfectible; car le mouvement de l'âme en avant est de rigueur.

C'est proprement par la résolution quotidiennement renouvelée et quotidiennement efficace que Ton se reconvertit chaque jour. Si l'oraison est considérée comme partie intégrante de cette conversion réitérée, c'est parce que, sans elle, le maintien de la résolution est impossible; comme aussi sans résolution l'oraison n'est qu'une illusion.

Le chrétien n'a pas la résolution voulue quand il n'a pas de règlement de vie, ou quand il en a un inférieur à son état, ou enfin quand il en a un dont il ne s'occupe guère.

Un chrétien sans la résolution est un homme qui, ne se reconvertissant pas, est par le fait en opposition avec Dieu, parce que son cœur n'est pas ce qu'il doit être. On est, au

PREMIER JOUR. '.l~2'.\

contraire, relativement d'accord avec Dieu lorsqu'on est résolu comme on doit l'être, quand même cette résolution ne serait que celle des commençants, si c'est celle qui convient; quand même aussi l'exécution ne répondrait pas toujours à la volonté, si la volonté est vraiment bonne. Ferai-je ou reverrai-je mon règlement de vie? Serat-il celui des commençants? Sera-t-il celui des progressants? Sera-t-il celui des parfaits?

Cette oraison préparée par les deux précédentes, est la base des suivantes, notamment de celles que l'on fera demain et qui ont pour objet le salut. En considérant que Dieu est mon Père, je comprendrai par le fait même quelle est la fin qu'il m'a assignée et comment je dois retourner à cette fin.

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