LA PRIÈRE DANS MON ORAISON ET DANS MA CONDUITE
I. Comment et dans quelle mesure mettrai- je la prière dans mon oraison ? — Savoir prier, c'est la grâce des grâces. Prier, c'est demander les biens suprêmes, tous renfermés dans ces deux mots: amour et persévérance. Prier, c'est demander ces biens divins avec une humilité, une confiance et une persévérance sans cesse renouvelées.
La prière ainsi entendue est un grand don. Dieu accorde à tout homme, en tout temps, la grâce suffisante de prier. Mais bien autre chose est la grâce de la prière parfaite.
Cette prière est une difficile vertu, car pour la faire comme il faut et quand il faut, l'âme doit constamment se soulever au-dessus d'elle-même. Cette prière est le grand moyen de salut, parce que Dieu a décrété qu'appliquée aux grâces qui sauvent, elle serait à la fois absolument nécessaire et infailliblement efficace. Cette prière est un trésor, mais un trésor exposé aux ravisseurs; car la nature, le monde et le démon conspirent pour nous l'enlever.
Grand moyen, il faut l'employer; vertu, il faut la pratiquer; don, il faut le demander; trésor, il faut le garder. Or, tout cela ne se fait sûrement que pendant l'oraison et sous l'influence de l'oraison. Il est donc nécessaire qu'avant tout, je lui donne dans l'oraison même la place qui lui convient.
Me contenterai-je, dans le peu d'oraison que je ferai, de demander chaque fois, mais de bon cœur, la grâce de me sauver en aimant Dieu, en persévérant jusqu'à la fin et en observant fidèlement la loi de la prière?
M'imposerai-je une prière plus abondante et plus vertueuse? Mes oraisons auront-elles toutes ou presque toutes leur bon moment réservé à la prière toute seule? M'efforcerai-je, chaque jour avec un nouveau courage, de renouveler mon humble confiance, de redemander sans cesse l'amour et la persévérance dans leur ensemble, d'en venir ensuite au détail de l'amour et delà persévérance, enfin de redemander constamment l'esprit de prière?
Irai-je jusqu'à la prière parfaite, à celle qui veut la perfection des actes vertueux énumérés? Lui donnerai-je de longs moments dans mes longues heures d'oraison?
II. Dans mon règlement de vie, quelle part ferai-je à la pviêre et à la piété? — Par prière on entend ici celle que l'on fait, non plus dans l'oraison, mais durant la journée, surtout dans les moments de tentation et de difficulté. Par piété on entend la fidélité à certaines pratiques religieuses autres que l'oraison ; pratiques qui, soit dit en passant, ne peuvent que devenir machinales et matérielles, si l'oraison ne vient, sous une forme ou sous une autre, les vivifier.
Lu prière parfaite n'est autre chose que le recueillement continuel, recueillement qui, revenant sans cesse à Dieu, lui répète sous forme d'oraisons jaculatoires brèves, ferventes et fréquentes les principaux actes de l'oraison proprement dite, surtout les demandes. La piété parfaite est une abondance de dévotions excellentes ajoutées au devoir; dévotions au très saint Sacrement, au Sacré-Cœur, à la Passion, à la sainte Vierge, aux saints patrons, à Dieu luimême et à son adorable Trinité, le tout bien pénétré de l'esprit qu'on puise dans l'oraison.
La prière vertueuse est le recueillement dont on vient de parler, mais moins continuellement actif et moins élevé dans ses actes. La piété vertueuse est lesurérogatoire qu'on vient de définir, mais moins abondant et moins parfaitement pratique.
La prière ordinaire est le fait de prier quand la nécessité s'en déclare en demandant chaque jour la grâce d'être
fidèle à ce grand devoir. La piété ordinaire est la fidélité à remplir de son mieux les devoirs religieux qui sont prescrits.
Auquel des trois partis m'arrêterai-je? Si je porte mes vues jusqu'au vertueux ou jusqu'au parfait, je ne dois pas oublier qu'avant tout il faut songer à l'accomplissement du devoir ordinaire et concilier la dévotion avec l'accomplissement des obligations d'état. Mais souvenons-nous aussi de ce mot. La prière est utile à totil '.