LA PÉNITENCE DANS L'ORAISON ET DANS LA CONDUITE
J. Cultiverai-je Voraison de pénitence et dans quelle mesure ? — On entend par oraison de pénitence celle dans laquelle, après avoir pris pour objet de la considération l'une des grandes vérités du salut, Dieu par exemple, ou la fin de l'homme, ou le salut, ou le péché, ou Jésus-Christ victime du péché, ou l'une des quatre fins dernières, on se répand devant Dieu en actes de contrition et en supplications pour obtenir l'augmentation de la douleur et la plénitude du pardon.
L'oraison de pénitence ainsi conçue est la joie du Seigneur, le constant remède à nos péchés, la constante dimi-
nution des peines qui leur sont dues, le préambule et la compagne de l'amour, la préparation aux deux jugements de Dieu, dont l'un se fait au confessionnal et l'autre au tribunal de Jésus-Christ.
Si j'ai cru devoir ne promettre à Dieu que peu d'oraison ou le simple équivalent de l'oraison, en réserverai-je chaque semaine quelque chose à la pénitence? Est-il opportun que je détermine et fixe les jours?
Si, hier ou avant-hier, je me suis décidé à faire oraison autant que le font ceux de mon état qui sont fidèles et fervents, quelle partie de ce temps réserverai-je à la pénitence? Pousserai-je cette pénitence jusqu'au degré de vertu qui m'a été indiqué dans la première oraison? Puis-je et dois-je déterminer des jours et des heures pour ce saint et salutaire exercice?
Si j'ai promis à Dieu l'abondante oraison des saints, j'y dois faire une large part à la pénitence des saints. Combien d'heures lui donnerai-je? Quand et comment? Parmi mes dévotions de rigueur et de surérogation en convertirai-je quelques-unes en exercices de pénitence?
II. Que mettrai- je dans mon règlement de vie sur l'usage de la confession, sur le combat de la chasteté et sur les vertus de pénitence et de mortification? — Cette question est absolument capitale, et de la manière dont je la résoudrai dépendra en grande partie mon avenir en cette vie et dans l'autre.
En ce qui concerne le combat de la chasteté, la loi est pour tous la même, et il n'y a plus ici ni commençants, ni progressants, ni parfaits. Il ne reste que de pauvres humains qui ont à se garer contre un ennemi mortel, et à faire ce que fait tout homme en danger de mort. Le combat de la chasteté implique quatre choses: une crainte continuelle jusqu'au dernier soupir; et pour apaiser cette crainte une prière quotidienne à la sainte Vierge en faveur de la conservation de la pureté ou de la guérison du vice contraire; l'indomptable fidélité à prier au moment même de la tenta-
lion, en répétant alors, et aussi longtemps que dure la crise, les saints noms de Jésus et de Marie, comme deux cris de détresse et de guerre. Pour prier de la sorte, il faul en demander tous les jours la grâce, caria prière, plus nécessaire alors que jamais, est aussi alors plus que jamais difficile; la fuite des causes et des occasions autant que du péché lui-même; parce que, surtout en cet ordre de choses, l'occasion et la cause, quand on ne les évite pas, sont invariablement victorieuses. Cette fuite doit être d'autant plus attentive qu'en matière d'impureté, nous sommes fort exposés à aimer ce qui produit le mal, semblables à des enfants aux goûts dépravés qui auraient d'autant plus d'attrait pour un poison qu'il serait plus violent; enfin la parfaite humilité, la parfaite droiture et la parfaite docilité en confession, de telle sorte que le ministre de Jésus-Christ connaisse le mal dans ses moindres commencements et qu'il soit sûr de voir ses remèdes généreusement acceptés, et fidèlement appliqués. Craindre, prier, fuir et se confesser : voilà le combat de la chasteté.
Quanta l'usage du sacrement de Pénitence, les uns se contentent du nécessaire; et, par nécessaire, on n'entend pas seulement le strict obligatoire, mais ce qui est morament indispensable à toute âme qui veut se conserver en état de grâce. Or, cet indispensable, c'est avant tout le soin de se confesser sans tarder quand on a eu le malheur de pécher gravement. C'est ensuite l'habitude de recevoir les sacrements assez fréquemment.
D'autres vont au-delà du nécessaire en se confessant tous les huit jours s'ils sont laïcs, et en le faisant s'ils sont prêtres ou religieux, plus souvent qu'on ne le fait d'ordinaire dans la corporation dont ils font partie. Les saints ont parfois poussé l'avidité pour l'absolution jusqu'à la recevoir tous les jours.
Pour prendre sur ce point une décision salutaire, il faul se rappeler que le sacrement de Pénitence est à la fois la résurrection de l'âme, l'extinction du foyer du péché, la joie
de Jésus-Christ bon Pasteur, et, par conséquent le trésor du pécheur. Il faut savoir aussi et n'oublier jamais les obstacles : le démon de la fausse honte rôde toujours autour de nous, l'humilité et la sincérité entières en confession, sont des vertus plus rares et plus difficiles qu'on ne le pense; pour toutes ces raisons le chrétien prudent s'arme de la prière et du courage contre toute réticence au confessionnal. Enfin il faut considérer qu'il y a confesseurs et confesseurs, et qu'il en faut choisir un qui soit doué de la vraie charité et de toutes les qualités propres à cette divine vertu. Cependant, a défaut de prêtres de cette trempe, on peut toujours trouver en confession le sacrement; et c'esl l'essentiel.
Au sujet de la vertu de mortification et de pénitence, sachons et n'oublions pas que, sans elle, il n'y a ni chrétien ni élu; parce que la vie de l'homme sur la terre est un combat, et que quiconque ne possède pas à un certain degré l'habitude de se faire violence, doit renoncer à la victoire.
D'après ce principe, les saints sont allés jusqu'à convertir leur vie entière en une continuelle mortification, qui a rendu leur corps et leur âme victimes de la douleur.
D'autres chrétiens, moins parfaits mais cependant bien généreux, suivent de loin les sainls dans la voie de la mortification volontaire, en pratiquant certaines austérités et certaines pénitences, sans que toutefois leur vie soit entièrement vouée à la souffrance.
D'autres enfin se contentent, en fait de mortification chrétienne, de se vaincre autant qu'il le faut pour éviter le mal, et pour réprimer les dérèglements des sens et des passions.
De tout ce qui vient d'être dit, résultent trois questions qu'il me reste à résoudre : Qu'ai-je à décider pour que désormais je soutienne bien le bon combat de la chasteté? Me confesserai-je comme l'ont fait les saints, ou comme le font les hommes vertueux qui vont au delà de l'ordinaire.
TROISIÈME .101 II. :î'i7
ouenlin comme le font ceux de mon état qui sont simplement fidèles au devoir? Par rapport à la mortification et à la pénitence, prendrai-je le parti de la sainteté, ou celui de la vertu, ou celui de la simple fidélité au devoir?